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C'est très souvent qu'elle vient se réfugier au grenier.

Elle marche sur la pointe des pieds sur le vieux plancher poussiéreux et craquant.

Elle s'assied toujours dans le même angle de la pièce, les bras encerclant ses jambes repliées, la tête posée sur ses genoux.

Une fine lumière filtre à travers le carreau sale de la petite lucarne du toit.

C'est dans ce refuge silencieux qu'elle laisse librement couler ses larmes.

De mon endroit, je n'entends pas bien mais je la vois porter une main devant sa bouche, comme pour étouffer des sanglots. Et puis lentement,  elle berce son corps, elle berce son cœur, elle berce sa douleur.

Aujourd'hui encore, elle est habillée trop sombre, trop large, de plusieurs épaisseurs de vêtements. Comme pour réchauffer ce squelette qui la porte de plus en plus maladroitement.

Elle passe une main légère dans ses courts cheveux ébène.

_" Oh non! tu as recommencé! "

Dans cet instant de panique, j'ai du pensé trop fort.

Elle relève timidement la tête, ses yeux noirs mélancolique scrutent la pièce, pour enfin s'arrêter--- sur moi.

Son front se plisse, soucieuse. A genoux, lentement elle s'approche de moi. Elle pose une main sur moi---et j'en ressens toute sa souffrance.

Ma pensée se fait murmure.

_ "Pourquoi as-tu recommencé? "

Elle porte un doigt sur sa bouche alors que ses yeux s'envahissent d'un flot de larmes.

_" C'est que je n'en peux plus d'être ---ici bas ".

Sa voix n'est qu'un petit souffle de paroles aussi légères que des bulles.

_" Pourquoi meurtrir ton pauvre corps, déjà si affaiblit? "
 

Elle baisse la tête sur son bras lacéré de trainées sanglantes à peine cicatrisé.

_" C'est plus la peine, je ne veux plus continuer. Je suis si fatiguée ---de moi. Le monde est fou! Il me bouscule, il me torture, je ne le comprends plus! "

J'essaie de la raisonner.

-" Et ceux qui t'aiment! Ta famille, tes amies, ton chien.

- Pardon, c’est trop difficile l'indifférence, la misère humaine, les mensonges, le passé---c'est trop lourd, trop lourd---"

A travers ses phases, je ressens sa lassitude des hospitalisations avec perfusion, médicaments, ré alimentation. Echec! Balance, vomissements, poids! Solitude---

-" Es-tu certaine de ton choix? "

Ses lèvres violacées, ses yeux cernés, ses os saillants, tout son être maladif appelle au repos---au dernier repos.

Sans un mot, elle me fait signe de la tête de son approbation.

Je profite d'une légère secousse (tremblement de terre bénin) pour me briser.

La légende raconte qu'un miroir cassé laisse échapper une âme défunte, et équivaut à 7 ans de malheur. Dans cette histoire le malheur est la tragédie de la mort.

Je vais donc reprendre vie, ré apprendre à vivre dans le corps de cette douce jeune femme.

En échange :

Je lui laisse mon repos de 7 années dans le miroir---mystérieusement reconstitué.

Tag(s) : #Textes des auteurs
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