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Je me rappelle, le soir du onze…  Je ne l’attendais pas si tôt.  Je n’étais pas prête. Une date, c’est une date ! Ca se respecte ! Et je ne pouvais concevoir que ce rendez-vous fût avancé ou retardé, ni même d’une seule journée ! Le moindre changement de plan dans ma vie si organisée pouvait me mettre dans une rage épouvantable et faire échouer chacune de mes journées méticuleusement planifiée. Et je n’étais pas assez en forme pour devoir supporter quelque changement que ce soit. 

Sept mois déjà que je vivais seule. J’avais fait fuir mon compagnon et je ne pouvais lui en vouloir, finalement. Il n’y avait pas de place pour lui dans ma vie d’écrivain… Je vivais recluse comme une sauvage… Je sortais peu, voyageais peu, et ne rencontrais pour ainsi dire les personnes de mon village (la boulangère, le boucher, le facteur….) que lorsque la faim me faisait sortir de mon trou. Alors, l’idée de recevoir de la visite me comblait de joie…D’autant que cette visite-là allait changer le cours de ma propre vie… Mais dans la mesure où ce changement était annoncé, prévisible et suffisamment longtemps pensé et accepté, cela ne me posait aucun souci.

J’écrivais beaucoup en ce temps-là et mes journées étaient rythmées par les chapitres du livre que j’étais sur le point d’achever. Depuis plus d’un an, j’écrivais à raison d’une page par jour. Organisée, oui, mais perpétuellement insatisfaite… ! Alors je passais parfois la journée entière à la correction de la dite page ! Pour revenir bien souvent à l’idée de départ… mais les derniers préparatifs avant mon rendez-vous n’étaient pas tout à fait terminés… et j’avais pris déjà un peu de retard... 

A l’origine, le rendez-vous avait été fixé le 31, et cette date m’allait bien car j’avais calculé que j’apposerais le mot « fin » sur mon livre aux alentours du 25, ce qui me laissait 5 à 6 jours de battement  pour régler les derniers détails de mon rendez-vous.

Mais le 31, ce n’est pas le 11 !

Donc, panique à bord. Vingt jours d’avance sur le calendrier et un roman inachevé, c’était la catastrophe ! Surtout que j’avais horreur des surprises ! 

Et pourtant, je me souviens de ce soir du onze… avec beaucoup de tendresse et de joie, lorsque nos regards se sont croisés pour la première fois. Le stress accumulé les dernières heures s’est soudain évaporé. Deux grosses billes noires, scintillantes de malice, et roulant sur un visage encore un peu flétri par le « voyage intra utérin» semé d’obstacles, se reflétèrent dans les larmes de mes yeux gris comme les facettes d’un diamant bien taillé. Je me vis « mère » dans son regard, et désormais prête à vivre enfin.
 

Depuis cette rencontre « anticipée », j’ai appris à appréhender les imprévus, et à regarder le monde sous un autre regard, mais je n’ai jamais été éditée pour autant.... Seul le regard que pose dorénavant cet enfant sur mes mots m’emplit de joie, surtout lorsque je vois ces petites billes noires scintiller comme pour la première fois.

Tag(s) : #Textes des auteurs
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