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— Aujourd’hui, tu fais grève ! lança joyeusement l’homme à  sa femme.

Ce qui eut pour effet de faire éclater de rire toute la maisonnée.

— C’est noël, alors le premier des cadeaux les plus mérités sera de te reposer ! Continua-t-il. Nous nous occuperons de tout, moi et notre fils, tandis que toi, tu te délasseras en écoutant ce disque de chants de noël, ces voix d’enfant que tu aimes tant !

Ayant protesté faiblement, la femme finit par se rendre à l’opiniâtreté de ses deux "hommes", et s’installa confortablement près de la fenêtre dans le fauteuil à bascule où elle ferma bientôt les yeux, à l’écoute de ce qui représentait pour elle la plus enivrante des sérénades…

L’enfant et son père marchaient d’un bon pas dans la neige, tout en devisant solennellement de choses et d’autres.

—    Tu vois, disait le père, le solstice d’hiver est un moment très particulier. Le soleil est au plus bas à l’horizon - tu as remarqué comme la lumière du jour s’estompe de plus en plus tôt en ces jours d’hiver ? – et c’est pour cette raison que le soleil ne peut qu’amorcer sa remontée ! Le solstice d’hiver annonce le printemps mon enfant ! La renaissance de toutes choses !

Les yeux du fils brillaient de mille feux en s'imprégnant ces paroles qu’il entendait pourtant chaque année dans la bouche de son père. C’était pour lui le plus merveilleux de tous les contes ! Associé à l’idée du bonheur de sa mère quand elle ouvrirait ses cadeaux, tout cela le plongeait dans une joie sans pareille.

—    Crois-tu que nous trouverons ce que nous cherchons ? demanda le garçon.

Et le père percevait une pointe d’anxiété dans la bouche de son enfant.

—    Je te le promets ! Comme tous les ans, pas vrai ?

—    Alors, vite papa, vite ! répondait l’enfant en tirant son père par la main.

Les premiers toits du village commençaient à montrer le bout de leur nez derrière une haie d’arbustes dénudés. L’enfant ne se tenait plus d’impatience.

Légèrement intimidés, ils entrèrent dans le magasin de l’unique commerçante du village, où des décorations, simples mais jolies, ornaient tous les rayons.

Le père sortit - assez comiquement, car comment imaginer qu’il puisse les « oublier » ?- un bout de papier sur lequel il avait écrit la liste des présents pour sa femme…

—    Que puis-je pour votre service ? demanda poliment la marchande.

—    C’est pour ma mère ! intervint l’enfant, sans comprendre en quoi une phrase aussi naturelle pouvait déclencher de si larges sourires sur le visage des adultes.

—    Un collier de perles ? lit la dame sur le papier… elle va être gâtée cette année ! Et un canevas ? Oui je dois avoir tout cela ! déclara-t-elle, visiblement satisfaite.

—    J’aimerais que le motif du canevas fasse penser à Noël, dit le père. Ma  femme adore broder, elle est d’une constance… !

—    Oui, je sais... Ne bougez pas, je vais voir dans ma réserve. En attendant, jetez un coup d’œil sur ce collier. C’est mon seul modèle, mais il est fort beau.

Le père et l’enfant, de concert, ouvrirent la bouche grande comme un four ! Ils ne pouvaient détacher leur regard des perles blanches aux reflets si doux… Des larmes de joie montaient de leur poitrine devant une telle beauté ! Ils tremblaient d’émotion à l’idée de l’effet produit par ce trésor sur le cou délicat, et combien ces éclats charmants rehausseraient à merveille ceux des yeux de la femme qu’ils aimaient tous deux par-dessus tout….

Pour le canevas, ils choisirent un dessin représentant un foyer allumé où dansaient les flammes rouges et or d’un fagot de bois noir. Rien de tel pour symboliser Noël, ils en étaient parfaitement d’accord, tout comme la marchande, qui avait décidément le goût le plus sûr qu’on puisse souhaiter pour l’occasion...

Au moment de payer, le père sentit soudain une boule se former dans sa gorge. Le prix annoncé dépassait de beaucoup ce qu’il tenait si bien serré dans son escarcelle ; l’argent qu’il avait économisé, sou après sou, pour fêter dignement ce bel évènement.

Il ne laissa rien paraitre devant son fils qui furetait gaiment dans les rayons, s’extasiant de tout et de rien, émerveillé et surexcité. La commerçante, elle, vit la joie s’évanouir dun seul coup du visage de l’homme. «  Plus vite que les nuages par jour de grand vent… », Pensa-t-elle…

Le père renifla légèrement, avant de se pencher à l’oreille de la marchande. Celle-ci s’exécuta aussitôt, et se retourna afin de confectionner le papier cadeau à l’abri du regard de l’enfant.

Le père et son fils reprirent le chemin du retour, marchant encore plus vite qu’à l’aller. Tout à sa joie, l’enfant ne remarqua pas les traits égarés de son père, et mit sur le compte du froid son silence inhabituel.

Ils trouvèrent la femme endormie dans le rocking-chair, et décidèrent de la réveiller en douceur en remettant le disque, tout simplement, à son début...

L’enfant joua dans sa chambre jusqu’au soir tandis que le père, comme il l’avait promis, s’occupa du repas. Il tua la plus belle dinde de la basse cour, éplucha quelques panais et ajouta les feuilles d’un bon choux. Il mit le tout dans la grosse cocotte en fonte qu’il glissa dans le four de la cuisinière à bois.

L’odeur était délicieuse.

Le père, de plus en plus sombre.

Il réfléchissait. Quelle serait la réaction de son fils en s’apercevant que le collier n’était pas dans le papier cadeau de sa mère ?

A la fin du repas, tous les yeux brillaient de délice ! Le dessert, en particulier - composé selon la tradition des friandises familières : noix, dattes et miel - fut très apprécié, surtout par le garçonnet !

La femme rayonnait de beauté, les traits bien reposés et l’humeur joyeuse et chantante.

L’enfant ne tint pas en place bien longtemps :

—    C’est l’heure d’ouvrir les cadeaux ! déclara-t-il en se précipitant  vers la cheminée, plus coquin et rapide qu’un petit lutin farceur.

Il tendit leurs cadeaux à ses parents - qui, comme tous les ans, renonçaient déjà à parler « d’attendre le lendemain »…. - et ouvrit frénétiquement le sien.

Le père se leva discrètement, et se tint de dos, debout à la fenêtre.

Déjà, une grosse larme roulait sur sa joue.

Quand un cri de joie le fit se retourner :

—    Quelle merveille !

 Sa femme venait de dérouler le canevas, dans lequel  brillait un magnifique collier de perles blanches.

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