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Le garçon se leva et alla jusqu’au puits qu’il avait remarqué la veille, pour faire un brin de toilette. L’eau était fraîche. Elle le revigora. Puis, il revint vers la ferme, un seau à la main. Comme tout cavalier qui se respecte, il n’oubliait jamais sa monture. Altaïr l’accueillit d’un hennissement joyeux. Le laissant boire, Uriel refit son paquetage. Lorsqu’il eut terminé, il sella l’animal, et ils reprirent la route.

 

Euxane était anxieuse. L’état de son père ne cessait de l’inquiéter. Chaque jour qui passait le rendait plus acariâtre et tyrannique. La veille, il avait décapité un soldat pour une simple désobéissance. Quelle terrible punition infligerait-il aujourd’hui, et à qui ? Malgré tous ses efforts, Euxane ne parvenait plus à maintenir le dialogue. Ils prenaient leurs repas ensemble, mais son père semblait l’ignorer. Il était comme ailleurs. La jeune fille, troublée, enfila machinalement sa tenue d’équitation et quitta sa chambre pour les écuries. Où irait-elle pour se changer les idées ? Sur la lande ? Non ! Cette terre désolée et aride était par trop déprimante ! Elle galoperait plutôt sur la plage. Avec un peu de chance, le bruit des vagues, la caresse du vent marin sur son visage, calmeraient son angoisse pour un temps.

 

La crique des pirates était déserte. Seules quelques mouettes fouillaient du bec les algues rejetées par la marée, à la recherche de quelque nourriture. Uriel descendit de cheval et s’adossa confortablement à un rocher. Il ferma les yeux. Le ressac, l’odeur iodée de la mer, lui apportaient un bien être qu’il n’avait pas ressenti depuis longtemps. Alors qu’il se laissait aller, une pensée lui traversa l’esprit, « elle arrive », et presque aussitôt il entendit le martèlement étouffé des sabots sur le sable. Il se leva brusquement. Elle galopait, cheveux au vent. Une longue écharpe mauve flottait à son cou, comme un étendard. Et sa magnifique jument grise semblait voler au ras de l’eau, projetant des gerbes d’écume. Image merveilleuse. Pourtant, Uriel n’eut pas le temps de s’extasier davantage. La belle, l’apercevant, était passée au trot, puis au pas. Il s’approcha doucement.

−         Bonjour ! Je m’appelle Uriel de Fontbrune.

−         Et moi, Euxane. Bonjour, messire Uriel. Que faites-vous là de bon matin ?

−         Je vous attendais.

−         Vous plaisantez je suppose ?

−         Pas le moins du monde.

 

Euxane croisa le regard sérieux du jeune homme et, oubliant tout ce qu’on lui avait enseigné, descendit de cheval. Elle attacha sa jument près d’Altaïr – ce qui sembla lui complaire – et, Uriel à ses côtés, se mit à marcher le long de la plage.

–        Qu’entendez-vous par là ?

−      Un vieillard, nommé Sélénius, m’a prévenu de votre passage dans cette crique.

–        Comment l’aurait-il su ? Je ne le savais pas moi-même ce matin.

 

Uriel lui raconta alors la traque dont il faisait l’objet et son étrange rêve. Elle l’écouta sans l’interrompre, malgré l’agacement qui commençait à la gagner. Quand il eut terminé son récit, elle se tut quelques instants afin de recouvrer son calme. Enfin, elle répliqua :

−      Rien ne vous donne le droit d’accuser le roi comme vous le faites ! Certes, il est un peu… étrange, ces derniers temps, mais de là à admettre qu’il oublie ses devoirs envers l’île de la terre du Levant et son peuple !

−      Il lève de nouveaux impôts…

−      … pour payer son armée.

−      On le dit sans pitié avec ses hommes.

−     

−      Et le miroir ?

−      Le miroir était à ma mère. Il prédit l’avenir. Enfin, dans certains cas… J’aurais dû en hériter, mais mon père…

–        … s’en est emparé et l’a utilisé.

–        Cela ne prouve pas qu’il soit possédé !

–        C’est pourtant la seule explication possible.

 

Le jeune homme avait prononcé cette dernière phrase doucement. Insensiblement, elle faisait son chemin dans les pensées d’Euxane. N’avait-elle pas craint que son père ait utilisé le miroir pour venger la mort de sa femme ? Et comment expliquer son comportement des derniers jours ? Elle devait se rendre à l’évidence. Se tournant vers Uriel, elle avoua :

−      Je ne le reconnais plus. Parfois, il me regarde comme une étrangère. Que puis-je faire pour le délivrer ?

−      Je ne sais pas encore. Sélénius m’a promis son aide, mais il ne me parle que dans mon sommeil. En attendant, vous devriez chercher qui sont nos alliés au palais.

−      La plupart des nobles et des soldats craignent mon père. Ses crises de colère sont de plus en plus nombreuses et terribles. Auront-ils le courage d’agir contre lui ?

−      Et mes parents ? Pourriez-vous vous renseigner ? Je suis mort d’inquiétude à leur sujet !

−      Je le ferai, bien sûr !

 

Alors qu’ils parlaient, une cavalcade se fit entendre.

−      Ils m’ont retrouvé. Encore ! Grâce au miroir, sans aucun doute ! Je dois fuir. A bientôt !

−      Quand nous reverrons-nous ?

−       Demain, même heure. A la croisée des chemins…

 

Uriel avait déjà enfourché Altaïr et filait comme le vent. Les soldats passèrent en trombe près d’Euxane, sans la remarquer. Bonne chance ! murmura-t-elle pour elle-même. Elle resta plantée là, quelques minutes. Puis, elle monta en selle et retourna au palais. Uriel l’avait chargée d’une mission et elle comptait la mener à bien.
 

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