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Uriel divagua encore quelques jours dans les souvenirs opaques et ténébreux de sa mémoire jusqu’au jour où il fut totalement rétabli. Il avait prit l’habitude de la présence de la jeune femme à ses côtés à certains moment de la journée, et cette présence lui était devenue très agréable, voire indispensable. Il ne lui posait pas de questions, et n’échangeaient ni l’un ni l’autre aucune conversation. Seuls leurs regards se croisaient parfois, mais tous deux en étaient très mal à l’aise. Comme si un secret les rapprochait mystérieusement. Uriel avait peur de lui parler de ce manuscrit qu’il avait trouvé et qui l’avait conduit ici. Peur de tout gâcher. Peur de sacrifier ces petits moments de bonheur qu’il savourait auprès d’elle. D’ailleurs, peut-être se trompait-il. Il n’était plus du tout sûr de vouloir savoir. A force de se raccrocher à des petits bouts d’espoir, il arrive parfois de ne plus voir la réalité telle qu’elle est vraiment.

 

Pendant ce temps, au dehors, les affrontements continuaient. La jeune femme l’avait tenu éloigné de tout cela volontairement, mais il allait falloir fuir... encore une fois. Alors elle prit enfin la parole : « notre peuple, enfin, mon peuple adoptif, est en proie à une révolte. Les Yakos veulent notre mort. Leur chef les a ligués contre nous. Nous devons partir dans la forêt, nous y serons plus à l’abri. Les Yakos d’ailleurs, ne s’y aventurent jamais, il paraît qu’elle est.... particulière ».

 

Uriel la regarda avec étonnement et suivit le cortège, se laissant guider comme un jeune enfant. Si Pablo était là, pensa-t-il en souriant, il n’en croirait pas ses yeux... A ce moment-là, toutes les personnes chères à ses yeux lui manquèrent profondément : ses parents et Pablo, particulièrement. Il aurait aimé leur raconter cette aventure. Il se rassura en levant les yeux au ciel et en pensant que peut-être quelque part dans cette immensité, six yeux fixaient avec attention la scène qui allait suivre.

 

Istamy, le chef des Urubayus, était en tête tandis que ce qu’il restait de son peuple, une cinquantaine de personnes, protégeait ses arrières. Après un dédale de petits sentiers, ils arrivèrent tous à l’orée de la forêt. Le chef, alors, se mit à genoux, et entama une sorte de prière.

 

« Ô forêt de la vie,

 

Par tes branchages, protège-nous.

 

J’implore ta déesse, Vanita, de sa bonté

 

Et ta compagne, Pluvia, de nous venir en aide ».

 

Un vent s’engouffra soudain dans les arbres, et toutes les cimes vinrent à frémir puis à virevolter entre elles.

 

Istamy fit signe à la petite troupe de rentrer à l’intérieur.

 

Là, tout le monde s’installa par terre, et un silence de plomb envahit toute la forêt.

 

-         Mais que se passe-t-il ? susurra Uriel inquiet à l’oreille d’Euxane, lui qui aurait été plus à son aise sur un voilier que dans cette caverne sombre...

 

-         Si tu crois en l’âme de la nature, alors nous serons sauvés. Si un seul d’entre nous doute, nous serons tous perdus, renchérit la jeune-femme.

 

Uriel se sentait pétrifié de peur. Lui qui avait si souvent bravé la tempête, les eaux en colère, il ne se sentait pas d’affronter ce mystère.

 

-         Chut.... continua-t-elle. Maintenant il faut prier. Nous allons former un cercle, nous donner tous la main, et tu répéteras en toi l’incantation que vient de dire Istamy avant de rentrer dans la forêt. Si un déluge de pluie s’abat sur nous, ses eaux pures et mystérieuses laveront notre île de toute mauvaise pensée et les affrontements cesseront. C’est notre dernière chance...

 

-         Et si je doute ? osa lancer Uriel d’une voix à peine audible.

 

-         Le feu ravagera la forêt, et nous serons à jamais perdus, bredouilla la jeune-femme de plus en plus gênée. Et de rajouter : j’oubliais, je voulais te dire...

 

-         Chut, dit le chef, maintenant, on commence.
 

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