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Une jeune femme aux cheveux longs et bruns se tenait assise au pied d’un arbre de l’immense forêt vierge, le regard dans le vague. Elle aimait venir se reposer auprès de ces arbres gigantesques, tellement épais que l’on en voyait même plus la mer au travers.

Ces dernières semaines avaient été éprouvantes. Elle était venue ici pour trouver la paix, l’abandon, le calme et la sérénité. Or depuis quelques jours, une atmosphère lourde et pesante laissait entrevoir un bien triste présage.

Elle avait quitté Marseille sur un coup de tête. Cette insatisfaite de 45 ans ne supportait plus la misère qu’elle côtoyait tous les jours à l’hôpital. Elle prenait trop son métier à cœur. Le service de Réanimation dans lequel elle exerçait depuis quelques années lui prenait tout son temps. Sa vie aussi. L’horreur qu’elle côtoyait chaque jour ne lui laissait plus d’espace de vie. Elle avait eu des aventures, certes, mais toutes sans lendemain, car la peur de s’enfermer dans une histoire d’amour était plus forte encore que les sentiments qu’elle pouvait ressentir lorsqu’elle était amoureuse. Et puis lorsqu’on n’avait jamais eu de cadre familial, il était difficile d’en créer un. C’était réservé pour les autres. Ceux pour qui la vie se résume à la construction d’un noyau familial et d’une vie monotone et plate.

Déjà, au cours de son internat, elle était partie deux ans en Afrique rejoindre Médecins sans Frontières. Là, elle avait trouvé un sens à sa vie. Un contre la montre contre la mort. Des sentiments nouveaux lui étaient apparus : la haine de la société de consommation, l’hypocrisie des gouvernements des pays dits riches, le rejet total du monde tel qu’il était. Ce qu’elle y faisait était une goutte d’eau dans l’immense océan de misère qui s’étendait à perte de vue. Mais peu importe. Cela avait du sens. Elle avait besoin de ça pour survivre. Son retour sur Marseille fut difficile. Elle n’était plus la même. Ses collègues avaient troqué leur visage d’ange contre celui de monstres. Elles ne les supportaient plus. Le blanc de cet univers l’aveuglait de plus en plus.  Malgré tout, elle resta de longues années là-bas jusqu’au jour où elle décida de tout plaquer.

Elle avait entendu parler de coins sauvages, proches de la nature, d’endroits retirés où certains venaient chercher la paix intérieure qu’il leur manquait, où il n’était pas besoin de confort, où chacun se contentait de ce qu’il avait. C’était une idée qui avait germé longtemps en elle. Cette orpheline de père et de mère avait passé sa vie dans des foyers où elle avait grandi sans limites, sans frontières.

Le ciel se couvrait. Il était temps de repartir au village. Quand elle avait débarqué sur la plage, les indigènes l’avaient accueillie sans lui poser de questions. Elle était arrivée comme la Providence le jour où le fils du Chef des Urubayus se vit frappé d’une fièvre épouvantable. Sans son aide, il n’aurait pas survécu. Depuis elle aidait aux diverses tâches du village : la cueillette des baies sauvages, la traite des vaches et des brebis. Elle avait même appris à faire des paniers à l’aide de l’écorce des arbres, à vivre de la nature. Et elle s’adapta à cette situation comme si sa mémoire avait été vierge de tout passé, de toute habitude, de tout à priori. Naturellement. Comme elle avait toujours rêvé de vivre. Simplement. Sans rendre de compte à personne.

Lorsqu’elle prit le chemin du retour, Euxane ne comprit pas tout de suite pourquoi tant de voiliers étaient sur l’eau...

 

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