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Uriel avait rejoint son campement, avec quelques branchages, il s'était fait une cabane succinte et quelques grandes  palmes étaient venues agrémenter le toit, il avait aussi bricolé un lit fait de branches souples qu'il avait nattées pour les maintenir entre elles. Uriel pensait qu'après tout, il n'était pas si mauvais bricoleur et souriait , malgré la terrible situation dans laquelle il se trouvait, à la tête que pourraient faire ses parents s'ils le voyaient là, perdu seul sur son île, avec sa barbe de 28 jours, sa peau brûlée, sa mine fatiguée et ses yeux enfoncés dans leur orbite.

 

Il en était là de ses pensées, quand soudain une forme gracile, petite et très souple, surgit devant ses yeux, une jeune femme à la peau plutôt orange et aux yeux bridés lui souriait sans paraître effrayée de sa présence. Uriel s'avança vers elle très lentement, et d'un geste hésitant , lui tendit la main. La jeune femme ne réagit pas à cette invite et continua à la dévisager. "bonjour" risqua Uriel. La jeune femme ne bougea pas, mais bientôt , elle se mit à sourire en découvrant des dents étonnamment blanches. "bonjour", répéta Uriel "comment vous appelez vous ?" et comme la jeune femme ne bougeait toujours pas, il se frappa la poitrine par deux fois en disant : "moi, Uriel, moi, Uriel" "U...." fit-elle en arrondissant sa bouche d'une manière comique. En fait, elle ne prononça pas un vrai u, voyelle très peu connue et peu usitée sur notre planète,  mais fit un OU... qui lui donna tout à coup des mines de louve ahurie ...

 

Uriel tenta de la corriger : "U, U" répéta-t'il. Peine perdue ! "et toi, toi," fit-il, en la désignant de son index droit. La jeune îlienne souriait toujours en montrant ses belle dents. "moi Uriel, toi...toi..." "EU..." "EU...????" "EUXANE" (elle ne prononçait pas le X comme par chez nous, mais un peu à la manière catalane, on entendait une sorte de chuintement qui donnait approximativement EuCHane, en appuyant très fortement sur le CH ) "Euchane , tu veux dire EuXane ? " Cette déformation inattendue de son nom la fit beaucoup rire, mais elle inclina et releva la tête en signe d'approbation. "toi, espagnole ?" "EuCHane" se contenta - t'elle de répéter. Et il ne put rien en tirer d'autre.

A présent, il ne savait pas ce qu'Euxane allair décider : rester là, à l'observer, épier ses moindres gestes, ou partir comme elle s'en était venue et disparaître à jamais. Elle s'était assise au coin du feu et chauffait ses petits doigts à la chaleur de la flamme.

"J'ai faim", dit tout à coup Uriel. Et il porta ses mains à ses lèvres, comme s'il voulait les dévorer. "Moi, Uriel, a faim" répéta-t'il . Euxane rit encore très fort , comme à chaque fois qu'il ouvrait la bouche, et sembla comprendre. Elle disparut aussi vite qu'elle était arrivée. Bientôt, il la vit revenir avec quelques chose dans sa main, qu'il n'identifia pas tout de suite, en fait c'était plutôt un cocktail de plusieurs mets tous aussi vivants les uns que les autres. Il y avait : quatre vers blancs, trois araignées velues, un insecte à carapace, une sorte de cloporte terrestre géant et un rat mort. Uriel se demanda comment elle avait pu trouver cela en si peu de temps. Elle lui offrit avec force révérences et il fut bien obligé, s'il ne voulait pas la décevoir, de paraître très content. Uriel trouva sur la plage un vieux reste de marmite et entreprit de cuire tout ce joli petit monde. Puis il tendit ce merveilleux festin à Euxane en espérant qu'elle en prendrait assez pour qu'il n'ait pas , malgré sa faim, à avaler ce sordide repas. Mais Axane refusa en un  "OU" retentissant et définitif.

 

Uriel ferma les yeux, et avala chaque insecte un par un, en grimaçant et faisant un énorme effort à chaque bouchée. Quant il attaqua le rat, Euriane rit tant qu'elle faillit s'étrangler. Puis elle repartit à la chasse et revint bientôt avec une grosse noix de coco qu'elle lui ouvrit avec dextérité. Uriel n'en revenait pas qu'une aussi petit créature puisse venir à bout d'un aussi gros fruit, mais elle avait la technique, ça, c'était certain,  et il la remerçia  du mieux qu'il le put. Euxane rit encore beaucoup en l'écoutant, puis disparut comme elle était venue.

Le lendemain, quand il se réveilla, il la trouva au pied de son "lit", elle avait dénoué ses cheveux  et , un miroir dans une main et un peigne gigantesque de l'autre, elle lissait sa merveilleuse chevelure rousse. Uriel lui fit remarquer par des gestes que le peigne était beaucoup trop grand pour elle, ce qui lui permit une fois de plus de découvrir sa belle dentition. "OU, OU..." fit-elle en guise d'explication.

 

A présent, Uriel n'avait qu'une idée en tête, c'était d'interroger la jeune fille sur la présence de ces horribles créatures qu'il avait aperçues l'avant-veille, il mima comme il put la stature, les yeux, les poils et surtout les cris de la "chose" (bête,  homme ?), Euxane ne parut pas reconnaître vraiment ce qu'il avait décrit avec bien du  mal  dans une gestuelle plus qu'approximative , mais dès qu'elle entendit son imitation sonore, somme toute bien interprétée, elle n'eut plus de doute, elle lui signifia , en portant son index à son front, qu'elle avait compris.

Et elle repartit de plus belle dans ses fous-rires.

 

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