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Dès qu'il mit pied à terre sur cette île inconnue, Uriel sut que sa vie allait être faite désormais d'embûches, de pièges, de doutes et de grandes peurs. A moins que ne trouvant plus en lui les forces nécessaires à sa survie, il ne se laisse tout bonnement  mourir tout de suite au bord de ce lagon, là, bêtement, ou, autre soltion, et qui selon lui était la pire, qu'il dépérisse lentement sans boire ni manger pendant de longs jours, sans jamais rencontrer âme qui vive et dans d'horribles souffrances.

Ce qui frappa Uriel en premier lieu, ce fut cet arbre tordu et déformé par le vent, fendu en son milieu par l'acharnement des tempêtes et dont le tronc ancestral conservait la trace rougeâtre d'une énorme blessure.  Il ne sut le nommer, ce n'est que bien plus tard qu'on lui apprit qu'il s'agissait d'un anamirta cocculus, particulièrement résistant à toutes les attaques. Il se traîna tant bien que mal à l'orée de la plage, où quelques arbustes eux aussi déformés par les vents avaient poussé là, par chance. Son corps le faisait souffrir atrocement et surtout ses pieds, abîmés par les combats incessants qu'ils avaient dû livrer contre les vents et les marées et qui avaient dû repousser sur leur chemin tant d'obstacles divers, bois mort charrié par la force des eaux, restes de naufrages, oiseaux morts et autres charognes flottant entre deux eaux ...

Son dos lui aussi n'était qu'un plaie rouge et sanguinolente, il ne pouvait le constater par lui-même, mais il sentait, à l'acuité de sa douleur, qu'il lui faudrait bien des jours et bien des nuits pour panser ses plaies. Le soleil déjà haut dans le ciel dardait ses rayons et l'enveloppait  comme d'une chape de plomb.

Alors, d'un seul coup, d'un seul, Uriel s'écroula et s'endormit.

Dans son rêve , il voyait s'avancer un cortège de jeunes filles, aux longs cheveux noirs ornés de fleurs, hibiscus, lys, jasmins, orchidées, aristoloches, ceintes de pagnes aux couleurs éclatantes et portant des paniers aux riches couleurs, chargés de fruits apétissants. La plus jolie lui tendait une mangue dorée dont le jus suintait de la pulpe rosée. Uriel fermait les yeux, croquait à pleines dents dans ce fruit délicieux, faisant sourdre à chacune de ses commissures un ruisseau de nectar liquoreux et suave.

Ensuite, un doux chant résonna au loin, on aurait dit le choeur des anges, chez lui, dans son village natal, par une douce nuit de Noël, un instrument ressemblant au son de la flûte accompagnait les chanteurs, il sut aussi, mais bien plus tard, que c'était un ocarina. A présent, les voix s'étaient rapprochées et l'ocarina, d'abord empreint de douceur,  se faisait  lancinant et pressant, c'était comme un appel à la vie, à la nature, auquel on lui demandait expressément de répondre. Mais Uriel, terrassé dans son sommeil, ne pouvait y répondre. Car même au coeur de sa nuit, il ressentait encore les douleurs cuisantes du naufrage et répondait aux sollicitations pressantes de ses nouveaux amis par des "s'il vous plaît, s'il vous plaît, laissez moi dormir encore   un peu !! "

 

Mais il fut vite réveillé par des chatouillements sur ses joues, puis ses bras, ses cuisses, son torse, son corps tout entier. C'était les aiguilles d'une petite pluie fine, tenace, qui se firent de plus en plus denses, et finirent par le transpercer et  par glacer son corps tout entier. Il fallait réagir, sinon c'était la mort assurée. Redressant avec peine son grand corps endolori,   il se mit péniblement dans la position verticale et chercha de quoi s'abriter. Mais pas le moindre abri à l'horizon, juste un vieux foulard mauve, qu'il n'avait pas encore remarqué, s'accrochait à une branche échouée sur plage, il s'en saisit et le noua à son cou, espérant y trouver un peu de chaleur...
 

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