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Un vaste appartement parisien. Dans le petit salon, Cassandra, Paul, Juliette et Pierre sont assis autour d’une table. Derrière les rideaux entrouverts, un crachin vient mouiller la vitre, annonçant un début de soirée tendu.

 

Cassandra (avec force autorité) :

Pas de grande thèse. Je ne donnerai qu’une seule consigne : pas de tabou. Compris ?! Maintenant que tout est clair, nous pouvons commencer. Je déclare le jeu ouvert !

 

Juliette et Pierre s’échangent un regard complice et circonspect tandis que Paul, d’un geste protecteur, presse la main de Cassandra.

 

Juliette (d’une voix sucrée) :

Bien ! Puisqu’on a ton consentement, entamons cette partie.

 

Juliette (se tournant vers Pierre) :

Tu veux ouvrir le bal ?

 

D’un mouvement vif, Cassandra fait signe à Juliette qu’elle souhaite être la première à lancer le jeu. Apprivoisant sa colère, Juliette fait un effort incommensurable pour brider son envie de l’envoyer paître une bonne fois pour toute.

 

Juliette (d’un signe de la main vers Cassandra) :

A toi l’honneur !

 

Cassandra (ne pouvant réprimer son contentement) :

Hé bien, j’y vais.

 

Cassandra se saisit d’un crayon et griffonne quelques mots sur un bout de papier qu’elle replie aussitôt. En le déposant dans la corbeille qui trône au milieu de la table, elle ne peut s’empêcher de glousser.

 

Juliette (réprimant un soupir) :

Allez, à toi de jouer Pierre.

 

A contrecoeur, Pierre s’exécute et place son papier dans la corbeille. C’est au tour de Paul de jouer.

 

Paul (l’air bourru cherchant l’approbation de Pierre) :

C’est vraiment n’importe quoi ce jeu ! On ne pourrait pas passer à autre chose ? Je ne sais pas moi, on pourrait sortir les manettes et se faire une petite partie de foot. Je suis sûr qu’il a envie de tâter de la manette Pierre, mon cher Pierre. Pas vrai ?

 

Juliette (dans un accès d’énervement) :

Pas question ! Y en a marre avec vos jeux vidéo ! De la baston et du foot, voilà tout ce que vous savez faire de vos dix doigts. Faudrait grandir un peu, les mecs ! Alors, on finit ce putain de jeu à la noix et on va se coucher. OK ?

 

Cassandra :

Ouh la, on se calme ! Si vous n’aviez pas envie de jouer, il fallait le dire tout de suite !

 

Juliette (dans un souci d’apaisement) :

Non mais c’est vrai, ils font chier avec leurs jeux vidéo ! Bon allez, c’est à moi d’écrire. Passe-moi le crayon.

 

Paul lui tend le crayon et Juliette noircit le papier qu’elle replace dans la corbeille.

 

Cassandra (un air triomphant) :

Bon, eh bien, je crois qu’on les a tous. Qu’est-ce que vous avez bien pu noter ? Voyons voir …

 

Cassandra rapproche la corbeille vers elle et se saisit des quatre bouts de papier. Elle les découvre à tour de rôle et lit à haute voix :

 

La mélopée de la désillusion

A retenti dans le foyer

Persévérance et bonne volonté

Sont désormais nécessaires

Pour promouvoir la paix des ménages

 

Un silence de mort plane au-dessus de la table. La tension est de plus en plus palpable. Tout à coup, Cassandra se lève et fait valdinguer sa chaise à l’autre bout de la pièce.

 

Cassandra (comme une furie) :

Ça veut dire quoi ces insinuations ? Quelqu’un peut m’expliquer ?

 

Juliette (retenant son calme) :

Tu veux vraiment qu’on t’explique ?

 

Pierre (cherchant à calmer les esprits) :

Eh là, ce n’est qu’un jeu !

 

Cassandra (de plus en plus hors d’elle) :

Un jeu, un jeu ! Mais tu veux rire, mon pauvre Pierre ! Je n’ai pas la berlue à ce que je sache ! J’ai bien lu ce que j’ai lu ! Si quelqu’un a quelque chose à dire, qu’il le dise clairement !

 

Juliette (commençant à s’échauffer) :

Eh bien, je crois, ma pauvre Cassandra qu’on ne pouvait pas faire plus explicite ! Qu’est-ce que tu peux être cruche, ma pauvre chérie ! C’est pourtant clair comme de l’eau de roche !

 

Cassandra (rubiconde) :

Ah ! Vous le prenez comme ça ? A moi de m’amuser !

 

Paul cherche à retenir Cassandra mais il est trop tard. Cassandra a déjà saisi la longue chevelure de Juliette. Pierre vient se mêler à l'altercation essayant de sortir Juliette des griffes de Cassandra. Mais en vain. Le quatuor vire rapidement à une gigantesque foire d’empoigne.

 

Morale de l’histoire : « Ne jamais jouer en famille si l’on ne veut pas être confronté à ses quatre vérités ».

Tag(s) : #Textes des auteurs
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