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Je passe de paisibles vacances dans le village qui a vu naître mon

père. J'adore me promener à travers les paisibles ruelles étroites.
Au gré de mes promenades, je salue d'un petit hochement de tête, les
quelques habitants obstinés qui vivent encore par ici. C'est le bout
du monde pour moi. Je me faufile entre les vignes et je cueille
quelques fleurs sur les sentiers. J'entend au loin le clocher du
village, qui me rappelle qu'il est l'heure de rentrer.

Je rebrousse chemin, sous un soleil de plomb et au son des cigales.Je
regarde le ciel en rêvant, en gravant dans ma mémoire ce petit moment
de calme et de sérénité.

Je marche en direction de la maison de mon père. J'aperçois alors, au
détour d'une rue, un grand portail en fer forgé noir. Je bifurque et
me dirige vers ce portail noir. C'est l'entrée du cimetière.

Dans cette ruelle, je vois au loin, un viel homme assis devant sa
porte qui écoute du fado. Il me regarde fixement, d'un air un peu
hébété, comme s'il avait vu un revenant. Je pense : "C'est pas bon
pour toi papi d'habiter trop près du cimetière...". Je le salue en
passant devant lui. Il me fixe, et ça me met mal à l'aise. Je sens
son regard perçant dans mon dos. Vieux fou.

Je pousse la lourde porte du cimetière. La tombe de ma grand-mère est
au fond à droite. Il n'y a pas âme qui vive, c'est le cas de le dire.
Je déambule doucement en lisant les noms écrits sur les tombes. Je
m'arrête. Je suis là devant la tombe de cette grand-mère que je n'ai
pas connue. Elle est morte trop jeune dans les bras de mon père. Il
ne s'en est jamais remis. Il y a de quoi. Il avait onze ans.

Je suis perdue dans mes pensées, le regard fixe sur le médaillon avec
une photo en noir et blanc de ma grand-mère. Elle a l'air si jeune,
si douce. Je n'ai pas entendu ses pas, mais je sens sa présence. Le
vieux fou de tout à l'heure. Qu'est-ce qu'il me veut ?

Il me dit : - "Tu sais... Elle était gentille ta grand-mère. La bonté
personnifiée. Toujours souriante. On a grandi ensemble, au village.
J'ai eu un choc quand je t'ai vu tout à l'heure. Tu lui ressemble
tellement. Tu as le même sourire, le même regard. On a dû déjà te le
dire. Quel âge tu as ? -"J'ai 33 ans." -"Etrange, tu trouves
pas ? Ta grand-mère est morte le lendemain de ses 33 ans. Et toi...ça
va faire des années que tu n'es pas venue par ici. Tu viens voir la
tombe de ta grand-mère l'année de tes 33 ans. Drôle de coïncidence ?".
- "Oui... c'est bizarre."

Je papote un moment avec lui et je lui promets de revenir le voir la
prochaine fois. Pas si fou que ça l'Antonio.

Sur le chemin du retour, je repense à cette coïncidence. Je ne l'ai
pas connue et pourtant je me sens si proche d'elle. Par exemple,
j'aime depuis toujours les tissus à pois blanc. Robes, chemisiers, T-
Shirts, foulards... Tout y passe, et ce, depuis que je suis gamine.
Hier, justement, ma tante m'a montré des photos de ma grand-mère que
je n'avais jamais vues... ça ma fait un choc ! Ma grand-mère ne
portait que des robes à pois blancs. Etrange, non ? Les gênes peut-
être ? Demain, j'irai m'acheter un livre sur la psycho-généalogie,
chez le libraire du coin.

Je mettrai ma robe noire à pois blancs.

Le libraire va encore me dire que je ressemble à ma grand-mère.
Je ne vais pas m'en plaindre. Je sais au moins d'où je viens.

Tag(s) : #Textes des auteurs
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