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J’entendais au loin l’interminable et obsédante mélopée du hibou dans cette forêt qui me paraissait maintenant totalement hostile. Il avait bruiné toute la nuit, un petit crachin irrégulier mais constant, qui avait ralenti mon rythme.  Les premières chutes de neige avaient même légèrement sucré les plus hautes montagnes. Jusque là j’avais fait preuve de persévérance, mais j’avoue que je commençais à douter. La faim me tenaillait le ventre. Le froid commençait à m’engourdir les membres. Je devais m’y résoudre : j’étais perdu. Cela faisait plusieurs heures maintenant que je crapahutais dans le noir, avec ma petite lampe de poche comme unique réconfort. Je commençais à regretter d’avoir refusé de participer au Salon du prêt-à-porter où j’étais censé promouvoir les dessous chics que fabriquait ma société. Mais j’avais inventé au dernier moment une histoire à dormir debout pour faire cette randonnée que j’étais impatient d’expérimenter depuis de si longues semaines. Et mon Chef, dont l’autorité était quelque peu incertaine, s’était préoccupé de me trouver illico un remplaçant. J’étais seul dans ma société à savoir le manier, le brider et même parfois le mettre au pas ! Mais, dans cette nuit noire et effrayante, je regrettai d’avoir abusé de sa confiance et de sa gentillesse.
Je choisis de m’arrêter pour reprendre des forces sous une espèce de barre rocheuse afin de me protéger des intempéries. Là, une fois bien abrité, je sortis mon calepin et commençait à griffonner quelques mots. Car ma véritable passion était l’écriture, et la nature me permettait de délier des tas de sentiments confus dans ma tête, sans aucun tabou. J’écrivais très régulièrement, et je participais de temps en temps à quelques concours. J’avais même écrit une thèse, lorsque j’étais étudiant, sur les chances de survie d’un homme perdu en pleine nature ! Ironie du sort… Ceci dit, ce soir, vu les circonstances dans lesquelles je me trouvais, l’exercice paraissait bien difficile. Ce n’était pas tant le sentiment d’être abandonné, mais surtout une immense désillusion d’en avoir fait une fois de plus qu’à ma tête et de m’être mis dans une situation bien cocasse !! Evidemment, je n’avais pas pris mon portable, personne ne me localiserait avant le petit matin, et encore ! Il ne me restait plus qu’à tenter d’apprivoiser cette nature inhospitalière et d’attendre les secours.

 

Tag(s) : #Textes des auteurs
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