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" J'ai ainsi vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement, jusqu'à une panne dans le désert, il y a..."

 

Je relis pour unième fois les premières pages du conte qui ont enchanté mon enfance. Combien de fois ai-je eu l'occasion de le promouvoir depuis, ce livre,  en l'offrant à un ami, un enfant, un petit-enfant !! Je l'adorais,  et pourtant, je n'en saisissais pas toujours totalement le sens, et encore moins la portée philosophique... Il y avait des mots, des tournures qui m'échappaient parfois, et je m'apercevais que souvent j'hésitais  sur les  mêmes mots sur lesquels lui - même butait : rite, éphémère, apprivoiser... tout comme moi, et cela me rassurait en quelque sorte.

 

Bien souvent le soir, au lieu de fermer la lampe assez tôt pour ne pas dormir en classe le lendemain, ma mère me surprenait et m'arrachait l'ouvrage d'autorité, sans que je ne puisse rien faire pour l'en empêcher. Mais pour ce qui était des transgressions, j'avais à leur endroit une grande persévérance et il n'était pas rare que je récidive dès le lendemain soir. Mes parents se désespéraient de me voir un jour obéir et de pouvoir brider ce caractère qui ne demandait qu'à s'affirmer et exploser. Ils n'en obtiendraient d'ailleurs qu'une infime partie au bout de maintes et maintes désillusions !!

 

Parfois, voulant tester mes talents d'écrivain, je griffonnais  de petits mots tendres qui lui étaient destinés : "Cher petit prince : Je ne connais pas un seul garçon aussi mignon que toi, j'ai bien regardé ceux de ma classe, ils sont laids, sans charme et sans fantaisie. Toi tu es intelligent, tu es beau et si mystérieux. J'aimerais tant te rejoindre là-haut sur ta planète ! Réponds-moi, s'il te plait, je sais que tu m'entends et que tu liras ma lettre. Signé :Ta petite Cloclo qui t'aime."

 

ou encore un poème :

 

Je t'ai trouvé, Petit Prince
à la tombée du jour
quand je cherchais, Petit Prince,

du secours, du secours
reste encore sur ma planète
car le désert est si grand
mon enfant, mon enfant
on écoutera le vent
et blotti contre moi
de ta vie tu me parleras....

 

(plus tard, bien plus tard, j'en ferai une comédie musicale que je ferai jouer dans les écoles)

 

Un soir, par une nuit éclairée par la  lune, j'ai cru voir son ombre se détacher d'un nuage sombre qui passait devant elle. Je voyais son écharpe flotter dans l'air, comme une sorte de deuxième croissant, et j'entendais tomber de sa bouche vermeille de tendres mélopées aux paroles suaves et sucrées. L'ombre de sa silhouette se rapprochait à me toucher, mes yeux s'embuèrent alors comme frappés d'un léger crachin, je m'aperçus  en fait que que ce n'était pas de la pluie, mais des larmes, que je pleurais bel et bien et que lui, là-haut, pleurait comme moi de n'être pas un terrien, mais un être interstellaire touché par les tabous et les rites de sa petite communauté qui nous sépareraient à jamais. 

 

Ce fut pour moi une grande douleur que de savoir que jamais mon rêve ne se réaliserait ici bas, mais un jour, peut-être, dans une autre vie, dans un autre ailleurs, qui sait, j'échafaudais toutes sortes de plans, je développais quantité de thèses et de scénarios, dont mon héros était la vedette et moi sa fidèle et tendre amie. Et puis, il y eut cet éclair jaune qui zébra l'horizon, comme dans le livre, sauf que le sable, c'était l'immensité du ciel qui l'enveloppait, et que je ne le vis pas tomber comme dans l'histoire, mais disparaître simplement derrière l'amoncellement des nuages, qui à présent, cachaient entièrement la lune.

La nuit était noire, sans étoiles, étouffante, angoissante. Ma respiration s'était faite plus lente, j'avais l'impression de suffoquer. Puis mon coeur s'emballa brutalement, la peur m'envahit  et prise d'une soudaine  panique, je refermai rapidement  les battants des volets sans toutefois faire le moindre bruit, pour ne pas éveiller l'attention des parents et m'enfouis sous les couvertures, tout au fond du lit, partagée entre le bonheur de cette magnifique apparition et les angoisses  qu'avaient engendrée l'obscurité quasi instantanée et profonde de la nuit.

Demain, c'est sûr, je reviendrais  à la fenêtre et je scruterais le ciel pour tenter à nouveau de l'apercevoir. Il l'avait promis : " j'aurai l'air d'être mort et ça ne sera pas vrai" "j'habiterai dans les étoiles, et je rirai dans l'une d'elles, et ce sera pour comme toi comme si riaient toutes les étoiles"

 "Toutes les étoiles seront des puits... toutes les étoiles  me verseront à boire "

 

Et moi, Petit Prince, je t'offrirai mes larmes pour te désaltérer.

 

Tag(s) : #Textes des auteurs
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