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Un couple, dans un salon. Canapés et fauteuils jacquard années 70, d'un goût douteux...

Visiblement énervée, la femme allume cigarette sur cigarette.

LUI :
 - arrête de fumer !

ELLE
- fous- moi la paix...

LUI :
- allons, ne te laisse pas abattre ! donne-toi le temps d'apprivoiser un peu les lieux... voyons, on n'est arrivé que depuis...

ELLE :
- neuf jours !!

LUI :
- c'est pas si mal ici...

Ils regardent tous les deux la pièce.

Elle lève les yeux au ciel :
- mouais !

LUI :
- je te l'accorde, c'est pas terrible...

Il fait quelques pas vers la fenêtre :

- et avec ce crachin, pas question de sortir...

Elle se renverse dans son fauteuil :

- ah, quelle désillusion !

LUI :
- oh, ça y est, les grands mots !

ELLE :
- comment tu l'écris.... ?

LUI :
- ah...c'est malin ! et c'est reparti, toujours aussi négative ! oh toi, tu as le chic...

ELLE :
- toi aussi, tu as le chic ! tu crois que ça m'aide de me traiter en permanence de négative ? et toi, tu te crois plus futé avec ton imbécile de méthode Coué? à  force d'être obligée - parce que c'est un DEVOIR !! -  à force d'être OBLIGEE, disais-je, de voir le positif partout et tout le temps, j'en arrive à ne plus oser m'exprimer, je finis par brider mes sentiments....

LUI :
- ah ah ah ! qu'est-ce que ce serait si tu ne les bridais pas...

Elle a prit un crayon et du papier, et commence à écrire bruyamment.

LUI :
- qu'est-ce tu es en train de griffonner ?

ELLE, chantonnant :
- "écrire est le seul moyen de parler sans être interrompu", n'est-ce pas ?

LUI :
- ah ! la mélopée habituelle maintenant, y avait longtemps ! tu es contente chaque fois que tu peux caser cette citation, hein ?

Soudain le vieux frigo se met en route, tonitruant.
Ils sursautent tous les deux ensemble.

Elle éclate de rire :
- j'étais justement en train d'écrire à Isabelle qu'au moins, ici, c'était le silence absolu ! tu vois ?  je suis "positive", je sais apprécier le bon coté des choses... ah ah ah, quel gag !

LUI :
- ah ! ces bonnes vieilles locations de vacances ! reconnais que ce n'est pas dépourvu de charme ! allez, fais-moi un petit sourire... qui sait ? demain, il fera peut-être beau ? on ira sur la plage, tu veux ?

ELLE :
- tu veux que je te dise ? je t'admire ! quelle persévérance ! tu vois aussi bien que moi que cet été est complètement pourri, tu sais pertinemment que ces vacances sont un fiasco intégral, mais non : pffft ! "tout va très bien madame la marquise !"... oh, toi alors, avec ton moral à toute épreuve, ta thèse idiote de la positivité à tout crin, tu en deviens pitoyable, ridicule ! ne comprends-tu pas que c'est un refus pur et simple de voir la réalité en face ? une fuite, un point c'est tout ?!

LUI :
- allons bon, tu recommences ! et toi, tu te crois maligne ? tu te crois forte avec ta façon de promouvoir le malheur, le mal-être, les "souffrances" ! au nom d'un soi-disant réalisme, et - j'oubliais ! - au nom d'une soi-disante créativité... ?!

A PART :
.... une créativité de malade !

ELLE : 
- moque-toi, c'est ça ! oh pour toi, c'est bien simple : voir et reconnaître la réalité est devenu... obsolète ! carrément tabou ! cette méthode Coué de malheur, je peux plus l'encadrer si tu veux savoir ! on passe pour négatif juste parce qu'on a le courage de voir et de reconnaitre ses propres difficultés, sans se voiler la face !

Dans son élan, elle s'est levée, déclamant avec autorité :

- eh bien oui, je suis un être en souffrance, et je le revendique ! comment pourrai-je lutter et m'en sortir si je n'osais pas me regarder dans le miroir, dans "ma" vérité ?!

Il la contemple en silence. L'air de plus en plus étonné et admiratif.

ELLE, légérement détabilisée :

- alors que toi, toi... tu préfères faire l'autruche... en permanence, tu, tu.... qu'est-ce que tu regardes ?... idiot !...

LUI :
- rien.... toi...

Il se lève, s'approche. Il lui prend doucement la main, la porte à ses lèvres. Puis il remonte lentement jusqu'à l'épaule :

- mumm..... tu sais quoi ?... ta peau est sucrée...


Elle tombe dans ses bras.



RIDEAU.

Tag(s) : #Textes des auteurs
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