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Auprès de moi toujours – Kazuo Ishiguro 

 

C’est en feuilletant le magazine littéraire, « Lire », que je me suis arrêtée sur une publicité vantant les mérites de cet ouvrage.

 

«  Un roman vertigineux… d’une puissance existentielle étonnante ! » Elle

 

« Un roman éblouissant et terrible, tendre et nostalgique. » Le Monde

 

«  On tombe sous le charme d’un roman cruel et bouleversant. » L’Express

 

« Un chef d’œuvre. » Le Figaro Magazine

 

Critiques élogieuses de grands magazines.

 

En me penchant sur la couverture, je suis persuadée qu’il s’agit d’une histoire d’amour.

« Auprès de moi toujours » me fait penser à l’amour plus fort que tout.

Ainsi que la photo, en noir et blanc : deux mains ouvertes, posées l’une sur l’autre, dans un geste de délicatesse et d’offrande, tendant des fleurs blanchâtres au cœur de cendres, dont le nom m’est inconnu, mais qui transpirent la fragilité, la simplicité.

 

Le narrateur est une jeune femme de 31 ans, Kathy, l’héroïne de ce livre.

Elle me parle – me prenant parfois à témoin en s’adressant directement à moi - comme si j’étais au courant de sa vie et de ses mystères.

Les indices sont distillés avec parcimonie tout au long du récit, au cours d’anecdotes.

Elle évoque tout d’abord les mots « accompagnants », « donneurs », puis les noms « Ruth », « Tommy », « Hailsham ».

J’apprends ainsi que Kathy est elle-même accompagnante. Pour répondre à la demande d’un de ses donneurs, elle retrace son parcours, de sa jeunesse à maintenant. Pour déceler aussi les signes qui auraient dû l’alerter.

 

Hailsham est un refuge où Kathy a été élève avec Ruth et Tommy, qui deviendront ses deux meilleurs amis. Ce centre est dirigé par des «  gardiens ».

Elle nous décrit plusieurs rituels qui caractérisent ce lieu : les Echanges, se reproduisant à chaque saison, pendant lesquels toutes les créations artistiques des élèves sont exposées et échangées contre des « jetons » ; les Ventes où ils peuvent acheter des objets venus de l’extérieur ; les visites de Madame pour emporter les meilleures œuvres afin de les exposer dans sa Galerie.

 

Kathy raconte aussi ses rapports avec les autres élèves, notamment Ruth et Tommy, comment elle est devenue leur amie, le lien qui les unit si particulièrement.

Avec Ruth, la relation est complexe, jalonnée de connivences et de rivalités.

Quant à Tommy, Kathy est la seule à vraiment le comprendre et à pouvoir le rasséréner. Ce garçon est très spécial, ce qui lui vaut les railleries des autres. Peut-être sait-il au fond de lui qui ils sont ?

A gratter le passé, elle se rend compte que malgré les questionnements que certains ont pu avancer à l’époque, personne ne semblait vouloir savoir.

 

A Hailsham, les gardiens les informent, leur apportant une donnée aussitôt accouplée d’une nouvelle beaucoup plus passionnante. Quand ils leur parlent des « dons », ils leur expliquent qu’ils ne pourront pas avoir d’enfants, mais qu’ils doivent, plus que quiconque, respecter des règles strictes d’hygiène.

 

Vers 16 ans, après leur long séjour à Hailsham, ils sont envoyés dans un autre camp «  les Cottages » où ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes, car il n’y a plus de gardiens. Là, ils rencontrent des élèves venus d’ailleurs, et c’est à ce moment qu’ils perçoivent qu’être issus de Hailsham constitue une différence.

Une rumeur propageant l’idée que les couples de ce centre peuvent bénéficier de 3 ans de vie « normale » circule.

 

Petit à petit, on se doute de qui sont réellement ces élèves, mais le mot n’est explicitement dit qu’à plus de la moitié du bouquin. « Clones ». Les renseignements médicaux restent pratiquement inexistants.

Là encore, les élèves ne connaissent pas leur origine. Une rumeur prétend qu’ils sont des clones de prostituées, de délinquants, de rebus de l’humanité.

 

Ruth et Tommy forment déjà un couple à leur arrivée aux Cottages. Kathy, elle, multipliera les partenaires. Au bout d’un an, Kathy, en froid avec Ruth qui ne peut s’empêcher de se jouer d’elle, jalouse de sa complicité avec Tommy, quitte les Cottages afin de devenir accompagnatrice. Elle assure cette fonction 12 ans durant, pouvant choisir ses donneurs. C’est ainsi qu’elle s’occupera de Ruth, alors séparée Tommy, et qui fera tout pour rapprocher les deux jeunes gens qu’elle a toujours tenus éloignés l’un de l’autre. Ce qu’elle avouera peu de temps avant qu’elle « termine », ce qui signifie « mourir » dans le jargon des clones. Elle leur fera promettre de se mettre en couple et d’obtenir le sursis dont elle a tant entendu parlé et dont elle est persuadée de la véracité. Elle leur remet l’adresse de Madame, personne qu’elle croit habilitée à accorder ce privilège, selon les œuvres retenues dans sa Galerie. Tommy qui ne créait rien à Hailsham, faute d’inspiration, s’est mis sur le tard à dessiner des animaux imaginaires. En se rendant chez Madame, le jeune homme compte les faire valoir auprès d’elle dans le but d’obtenir ses 3 ans.

 

La rencontre avec Madame, vivant avec la directrice de Hailsham, qui entre-temps a fermé ses portes, est décisive car elle apporte des réponses aux questions que les élèves se sont posées au cours de leur vie, et moi-même au long de ma lecture. Les rituels, tels que les Echanges, les Ventes servaient à améliorer le quotidien des élèves. Ces activités artistiques pour lesquelles les gardiens les stimulaient, avaient un but bien précis : prouver à l’extérieur que les clones avaient une âme. Si à Hailsham les élèves étaient éduqués, respectés, dans d’autres centres, ils étaient considérés comme de simples organes sur pattes.

Madame, la directrice et une minorité de personnes se sont battues pour que les clones soient perçus à leur juste valeur, mais cela impliquait une trop grande remise en question de la part des concitoyens. Dès que les premiers clones avaient vu le jour, les événements s’étaient déroulés très vite, et il était maintenant trop tard pour modifier les pensées et les comportements.

En ce qui concerne le sursis, les deux jeunes gens apprennent qu’il s’agit simplement d’une rumeur. Ils repartent déçus, mais résignés, comme si ils ne devaient rien espérer de plus.

 

Après cette entrevue, la relation entre Kathy et Tommy s’effrite. Tommy « termine » lors de son quatrième don et Kathy devient à son tour  « donneur » puisque tel est son destin.

 

Même si cette fin ne se conclue pas en un happy-end, je me dis que la lourde tâche portée par Madame et la directrice de faire de Hailsham un centre à part a fonctionné, car cela a permit à Kathy de vivre sa courte vie du mieux qu’elle a pu, soutenu par l’amour de ses amis, et l’amour reçu à Hailsham, ce sentiment vital d’appartenir à quelqu’un, de venir de quelque part. Oui, c’est bien d’une histoire d’amour qu’il s’agit dans ce roman.

 

Les clones sont un thème peu exploité en littérature, mais ici, l’auteur utilise un angle de vue intéressant. A aucun moment ces élèves ne me sont apparus inhumains.

C’est un livre qui fait réfléchir et qui ne laisse absolument pas indifférent. L’auteur ne prend pas parti pour ou contre le clonage, il donne juste la parole à une personne qui pourrait être crée à cette seule fin : sauver des vies en sacrifiant la sienne. Et cette personne, Kathy, partage ses joies, ses peurs, tout comme je peux le faire moi aussi.
 

Tag(s) : #Textes des auteurs
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