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Est-ce possible ? Non, je n’y crois pas : dans le placard, suspendue à un clou, une robe noire, une robe d’avocat, avec une authentique hermine blanche. Délicatement, je la décroche et je hume comme une odeur de tabac froid. Comment a-t-elle pu échouer là, dans cette maison de campagne que nous venons d’acquérir ?

A ma connaissance, Marie, dernière occupante était une retraitée de la Fonction Publique, arrivée là, on ne sait pas bien comment. Sans doute séduite par la tranquillité des lieux et peut-être aussi l’originalité du manteau de cheminée en pierre qui paraît un intrus dans cette maison paysanne à l’instar de cette robe d’avocat.

Alors j’imagine …

Marie était greffière au Palais de Justice de Limoges et côtoyant juges et avocats, elle s’était liée d’amitié, et peut-être un peu plus avec Maître de La Foucherie,

Antoine de son prénom qu’elle assortissait dans les moments d’intimité du diminutif de Toine,mon Toinou à moi, disait-elle.

Ensemble, ils avaient partagé la même horreur des exécutions capitales dont la dernière eut lieu à Limoges en 1937. Depuis le Greffe, ils avaient entendu les vociférations des 10 000 spectateurs venus assister à la mise à mort de Henri Dardillac, l’assassin de MM. Fredon et Chabroux sur la route de Saint-Laurent sur Gorre à Saint-Junien.

Non ! Mon imagination me joue des tours …

Je connais cette histoire pour avoir vécu vingt-cinq ans en Haute-Vienne.

Marie n’était sans doute pas greffière, peut-être était-elle simplement femme de ménage au Tribunal de Tulle quand Henri Madelrieux, talonneur du CAB poignarda sa maîtresse.

Pour sa défense, il dira qu’avec Greta, sa maîtresse, ils s’étaient fait, dans l’église Saint-Martin, cette funeste promesse : « Entre deux cierges, nous nous sommes jurés que celui d’entre nous qui romprait serait tué par l’autre. »

Et alors, la robe d’avocat dans le placard de Marie ? Elle l’avait dérobée, en guise de punition, dans le vestiaire des avocats, plus précisément dans le placard de l’avocat du rugbyman qui, selon elle, n’avait pas suffisamment fait preuve d’éloquence car en ce temps-là, en 1963, seules deux sentences lui paraissaient équitables : l’acquittement ou la peine de mort …

Non ! Mille fois non ! La Marie qui était dans cette maison avant nous ne pouvait être coupable de tant de noirceur d’âme !

Reste la Providence qui explique tout : cette robe d’avocat, je l’ai portée mainte fois.

Enfin dans mes rêves.

Parce que si Thémis, déesse de la Justice, de la Loi et de l’Équité m’eut pris sous son aile, alors je serais devenu le défenseur de la veuve et de l’orphelin. Sans la moindre concession, j’aurais pris fait et cause pour l’ouvrier contre le patron, le métayer contre le hobereau, le client à découvert contre le banquier, et tutti quanti …

Mais, je ne sais toujours pas quelle cause a pu défendre cette robe d’avocat avant d’atterrir dans ce placard.

C’eut été une soutane, mon imagination l’aurait assortie à Marie, en bonne du curé comme le chantait si bien la regrettée Annie Cordy.

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