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Pour la dernière fois, elle ferme cette porte derrière elle. Elle ne reviendra plus. Il lui en aura fallu du temps avant d’y arriver. Bien qu’encore un peu fragile, elle se sent plus légère, plus confiante et elle réussit de plus en plus souvent à se projeter dans un avenir agréable. Elle est devenue plus grande, plus forte que jamais... Aujourd’hui, bien qu’il fut son refuge durant des années, elle trouve l’endroit sinistre. Elle laissera cet endroit quelque part dans sa mémoire avec le désir profond de n’avoir jamais à y remettre les pieds ... ou la tête.

Depuis un certain temps déjà, elle respire mieux, la peur l’a quittée, les angoisses ont disparu et l’anxiété fluctue à des niveaux tout à fait normaux. Le travail s’est amorcé en ces lieux. Sa détermination l’avait maintenue dans la bonne direction. Elle avait pourtant douté tant de fois, avait sombré dans des abîmes sans fond, avait crié, pleuré, ragé. Un kaléidoscope d’émotions avait défilé dans sa tête et elle avait finalement accepté de les confronter.

Le plus difficile avait été de découvrir et d’accepter qu’elle avait vécu de trop longues années dans cette mascarade à laquelle elle n’avait pas su résister... Quelles qu’en soient les raisons, elle avait compris que pour survivre elle s’était infligée de porter de nombreux masques pour répondre non pas à ce que les autres attendaient d’elle mais bien ce qu’elle avait exigé d’elle pour correspondre à un idéal impossible à atteindre. La fille parfaite, l’amoureuse parfaite, la mère parfaite, l’amie parfaite, l’employée parfaite. Et cette quête de perfection l’avait conduite aux portes de l’enfer. Elle s’était peu à peu essoufflée, avait tout de même continué à emprunter cette route cahoteuse qui détruisait ceux et celles qui s’y aventuraient jusqu’à ce que son corps crie « souffrance » car la douleur s’y était infiltrée. C’est bien connu, on écoute davantage les maux physiques qui nous affligent que la détresse psychologique qui nous habite. Elle avait alors compris qu’elle se devait de mettre un terme à cette vie folle qui ne lui convenait pas et la faisait souffrir. Arrivée au bout du chemin, elle s’était fracassée contre le mur de ses incapacités et elle avait sombré, sombré profondément. Si profondément qu’elle s’est laissé aspirer sans résistance par cette force incommensurable qui la malmènera dans la dépression des semaines, des mois, quelques années même. Jusqu’au jour où elle avait ressenti avec certitude le désir puissant de remonter à la surface quel qu’en soit le prix pour respirer un air frais, débarrassé de toute impureté. C’est à ce moment-là que le travail avait pu commencer.

Derrière la porte, elle avait quitté celle qui l’a guidée et soutenue tout au long du processus. Elle y a surtout laissé, avec fierté et reconnaissance, un amas de masques fragmentés, brisés, réduits en miettes. Il le fallait. Pour rester en vie, pour mordre dans l’existence, pour réaliser de nouveaux projets, pour rêver. Pour vivre.

Chacun de ces masques avait résisté, certains avaient même tenté de se faire invisibles. L’envie d’en conserver quelques-uns l’avait effleurée croyant à tort qu’ils pourraient lui être utiles jusqu’à ce qu’elle prenne conscience qu’ils étaient tous superflus et malsains. À nu, débarrassée du poids de ces déguisements grotesques, la vie avait à nouveau circulé dans ses veines, la joie de vivre était revenue à demeure et le chant de l’oiseau n’avait jamais été aussi mélodieux.

Avant de refermer la porte derrière elle, elle avait posé un geste symbolique. D’un coup de pied dans le vide elle avait éparpillé aux quatre vents tous les masques qui lui avaient pourri la vie beaucoup trop longtemps.

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