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Les lumières s’éteignent. 

Noir... 

Des notes jaillissent, s’installent puis emplissent la salle... 

Un rai de lumière illumine soudain un homme sur la scène, balaye l’espace découvrant un à un les quatre musiciens, des faisceaux aux couleurs variables, suivent, détachent, partitionnent ... 

 

D’un flou bleuté émergent des mains blanches qui ondulent sur un clavier. Les mains fébriles se dédoublent dans la nacre de l’instrument.

La lumière blanche illumine le visage du pianiste, crispé par un rythme soutenu. Des sons muets s’échappent de ses lèvres entrouvertes. 

Le dos voûté anime chaque note que les yeux clos ignorent. 

Les épaules en mouvements vifs, de haut en bas, scandent le tempo. Elles se croisent avec le manche de la basse. 

Des contractions intenses incrustent l’instrument dans l’homme. Les mains glissent à leur guise, ballet des doigts libres d’entrave. Elles rapprochent l’instrument du visage, le corps se rétrécit.

Des lumières ocres reflètent sur les tempes blanches qui pulsent au rythme de la musique.

Les doigts fins et musclés tapent les notes du saxo ténor. La voix alterne de courtes phrases avec le cuivre. Sans jamais se défaire de l’instrument, la bouche épaisse et sensuelle discute avec la hampe. Des éclats du cuivre brillent à la lumière blanche, tranchante. Sur le front brun et luisant, deux veines saillantes en marquent le relief. 

Le corps désarticulé imprime de petits mouvements d’avant en arrière, en prière. Epaules, dos, mains, pieds, chacun portion joue sa propre partition.

Les éclats brillants de la cymbale illuminent le visage noir et luisant. 

La tête seule harmonise le tout.

La chemise noire du batteur reflète des myriades de points lumineux.

La salle et la scène n’existent plus. 

Les notes pincent chaque fibre de nos êtres.

Elles deviennent les musiciennes de nos corps instruments. 

La salle ondule, sursaute aux tempos, la musique transcende. 

Fusion de l’espace-temps qui ouvre sur l’infini...

Le saxo se tourne vers le piano, les mains cessent de courir, un écho léger du piano vibre encore. Le pianiste se lève, quitte la scène. 

Le saxo d’un mouvement pointe le bassiste, les cordes dévêtues des mains habiles, se taisent. Le bassiste, pose sa basse, quitte la scène.

Le saxo s’approche du batteur, le ton est soudain trop léger. Le batteur, jette ses baguettes au sol, quitte la scène.

Seul le saxo reste sur scène, regarde à droite, regarde à gauche, puis cesse de jouer, le musicien pose son saxo, quitte la scène.

Le silence est assourdissant, insupportable.

La salle redevient la salle et se sent orpheline. La scène vide est incongrue.

Quelques secondes désemparées, puis les applaudissements fusent refusant l’abandon, avant de se résoudre à la douloureuse séparation.

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