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Encore quelques kilomètres et nous y serons enfin. Depuis des mois, nous attendions avec impatience de partir pour séjourner à la mer. Et nous voilà presque arrivés à destination. Nous chantons avec entrain de vieux airs qui ont accompagné nos années de jeunesse, et anticipons la joie de siroter notre apéro face à la mer en nous laissant hypnotiser par les vagues dansantes quand soudain un bruit infernal coupe court à notre concert. La voiture s’immobilise. Surpris, nous figeons comme deux statues et restons quelques minutes sans réagir. Ce n’est pas possible, on y est presque. Le visage de mon compagnon change de seconde en seconde, je vois bien la colère colorer ses joues et devine les vilains mots qui vont pétarader de sa bouche dans un instant ou deux. Une fumée blanche sort du capot et une odeur de brûlé envahit l’habitacle supplantant mon doux parfum « Brume marine » choisi ce matin pour être dans le ton d’un séjour à la mer. Jean-Paul sort de la voiture en vociférant les bras en l’air comme si le ciel allait lui venir en aide tandis que je me concentre sur la bonne marche à suivre. « Le portable, où est-il donc? » Il me semble bien l’avoir mis dans mon sac à main mais je ne l’y trouve pas. Prions pour que Jean-Paul l’ait apporté mais il me répond par la négative lorsque je lui pose la question. Il est d’autant plus furieux que je refuse depuis des mois que nous possédions chacun le nôtre. Simple mesure d’économie sauf qu’aujourd’hui je dois dire que ce n’est pas un argument valable.

Il fait chaud, le soleil plombe et mon homme se promène de long en large sur le bord de la route sans chapeau.  En bonne épouse, un tantinet protectrice, je le somme de se protéger le crâne d’autant plus que ce dernier est passablement dégarni. Il étire un bras par la fenêtre et attrape son canotier tout neuf sur le siège arrière. Malheureusement, il l’échappe avant même de l’avoir sur la tête, une voiture passe à toute vitesse, crée une bourrasque qui emporte le couvre-chef de mon homme au beau milieu de la chaussée. Une automobile venant en sens inverse, l’écrabouille.  « Dieu du ciel ! » Il vient tout juste de l’acheter. Pour ajouter à mon agacement, les cigales ne cessent de striduler, ça m’énerve. Je me passerais bien de ce concert qui m’empêche de me concentrer et de trouver une solution au problème qui nous empêche d’aller déguster une citronnade rafraîchissante à l’ombre d’un parasol. Jean-Paul décide de marcher jusqu’à la première station-service rencontrée. Me voilà seule et les minutes s’écoulent. Je m’assoupis jusqu’à ce qu’une libellule vienne me chatouiller le bras droit.  Je me réveille et ne peux m’empêcher de l’admirer cette belle demoiselle qui repart aussi vite vers les champs qui arriveront bientôt à maturité, la moisson, cette année, sera bonne à ce qu’on dit. Mais que se passe-t-il donc ? Jean-Paul n’est toujours par revenu, je meurs de chaleur et de soif et un peu d’inquiétude. Je sors du véhicule, fais quelques pas et aperçois dans l’herbe haute un jeune chaton qui roupille. Comme il est mignon ce petit ! Je m’accroupis pour mieux l’observer quand une voix me fait sursauter. « Besoin d’aide ma p’tite dame ? C’est la panne on dirait bien. » Je me relève pour apercevoir un drôle de bonhomme trempé de sueur et au chapeau de paille qui en a vu d’autres. Il est du coin, il peut sans doute m’aider. Le voilà qui soulève le capot et plonge la tête et les mains dans l’antre graisseux. En deux temps trois mouvements il m’annonce que ce n’était qu’un fil débranché et m’intime de démarrer la voiture. Ce que je fais avec succès. Et il repart de plus belle à son travail en chevauchant son vieux tracteur qui crache une fumée noire polluante. Il me salue d’un signe de main en passant. Il me faut maintenant retrouver Jean-Paul, en priant pour qu’il soit resté sur la même route. Encore quelques heures pour pouvoir arriver à destination avant la nuit. Je roule depuis une vingtaine de minutes lorsque je vois mon Jean-Paul assis sur le bord de la route, le visage et le crâne rougis par le soleil avec une mine renfrognée.  Sa surprise en me voyant au volant de notre automobile ! Je lui souris, fière de moi.  « Allez monte, c’est bientôt l’heure de l’apéritif » lui dis-je. Le malheur terminé, je me sens frivole, retrouve vite ma bonne humeur et encourage mon compagnon à en faire tout autant. Une petite heure plus tard nous arrivons à destination. En deux temps trois mouvements, nous voilà installés à la terrasse de l’hôtel, face à la mer et ses vagues puissantes, dégustant le meilleur apéro jamais bu tout en assistant au spectacle de la clarté qui s’estompe peu à peu. Demain sera une bonne journée, j’en suis convaincue.

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