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En tout, il faut une fin, à la vie en particulier. Centenaire, a-t-on idée ? Mes
parents et grands-parents n’ont pas dépassé 70 ans… Alors, demain, après-demain,
qu’importe ? L’essentiel n’est-il pas de dire à l’instar de Pablo Neruda dans
J’avoue que j’ai vécu : Peut-être n'ai-je pas vécu dans mon propre corps ;
peut-être ai- je vécu la vie des autres.


Vous qui lirez mon dernier message, vous comprendrez ainsi que j’ai envie de
vous parler des époques et contextes dans lesquels j’ai vécu et l’enseignement
que j’en tire. Puisse-t-il vous aider un tant soit peu ou, à défaut, faire la
part des choses : hier, tout n’était pas si rose, demain ne sera pas forcément
peint en gris, voire en noir.


Dans l’immédiat après-guerre 39-45, les hameaux corréziens étaient encore assez
peuplés. A pied, les enfants partaient rejoindre l’école communale. Il y avait
généralement la Dame pour les petits, le Monsieur pour les grands jusqu’à douze
ou quatorze ans pour le « certificat » à moins qu’ils ne soient partis à 11 ou
douze ans pour le « cours complémentaire » ou le collège. Selon moi, ceux-là
 étaient des privilégiés.


Quant au respect vis à vis du maître d’école, je dirais même crainte, il ne
facilitait pas forcément la communication entre enfants et adultes. Aujourd’hui,
touts petits, les enfants parlent comme des livres et pour la plupart, ne sont
pas timides pour deux sous. Avec ces joujoux extraordinaires que sont les
portables ou tablettes, en un clic, ils peuvent voir le monde évoluer.
Instructif, susceptible d’éveiller les jeunes esprits, le progrès, me
semble-t-il, a bien des avantages. Cependant, ne faut-il pas accompagner
l’enfant dans son éveil ? Peut-être aussi, faut-il prendre le temps de causer
avec eux ?


A l’époque où il n’y avait encore pas la télé à la campagne, le téléphone à
trois ou quatre exemplaires sous forme de « cabines publiques », quand Internet
n’était même pas du domaine du rêve, on avait le temps de causer. Le faisait-on
vraiment ? Pas si sûr …



J’aimerais vous conter mon vécu des années 60 à 70. Un mois après le CEP, à 14
ans, je partais domestique dans une ferme. Oui, domestique … Aujourd’hui, on
dirait ouvrier agricole, ça fait mieux tout comme le balayeur est devenu
technicien de surface. Les patrons étaient gentils mais en guise de salaire,
c’était plutôt une aumône pour un travail d’adulte. La législation n’était pas
encore arrivée à la campagne : on quittait le patron comme on change de chemise.


En dix ans, j’ai occupé huit emplois différents. J’avoue sans honte avoir
volontairement quitté mes patrons successifs sans aucune formalité : faites-moi
mon compte, je m’en vais ! Et il n’y avait pas de CV non plus. Vous embauchez ?
Et c’était parti pour un tour. Cependant, ces emplois pouvaient être galère et
généralement payés au ras des pâquerettes ! On pouvait s’en extirper en passant
un concours de la Fonction Publique.


Aujourd’hui, c’est une autre musique. A qui la faute ? Pourquoi ? Je ne me
risquerai pas à une analyse approfondie. Je crois que le monde ouvrier faisait
valoir ses droits, ses exigences, de manière collective (1968 !), voire individuelle. Et la même conscience existait dans la Fonction Publique – 42 jours de grève aux PTT en 1974 - et on était organisés collectivement, ce qui avait en son temps généré les représentations de personnel qui pouvaient négocier, et pas simplement avaliser les choix patronaux.


Sans doute faudra-t-il y revenir sous une forme ou une autre sinon «
l’intelligence artificielle » pensera à votre place et vous ne serez que des
appendices des machines et autres robots. Alors, ne soyez pas des moutons de
Panurge ! Dans ma vie, je n’ai pas été dans ce troupeau-là …


Interrogez donc la mémoire de mon ordinateur pour vous en persuader. Malgré mon
mince bagage scolaire, l’écriture est devenue ma seconde nature. Déjà envers la
gent féminine, mais vous n’en trouverez que peu de traces, ou plus tard dans une
activité syndicale. Ne fût-t-il pas question de ma plume en Correctionnelle ?
Parce qu’un patron n’avait pas aimé être égratigné, il prétendit vainement la
diffamation !


Puis, installé à la campagne pour la retraite, l’écriture est devenue mon violon
d’Ingres. D’abord, en quelque sorte en qualité de « nègre » pour aider une de
mes sœurs à écrire ses mémoires. Oui, à propos : on peut trouver trace de mes
écrits sous mon pseudo qui est en occitan le titre du cadet. Je suis celui d’une
fratrie de neuf enfants …


Mister Google, à qui rien n’échappe est prolixe en la nature. Je vous laisse le
soin, au cas où pour reprendre l’expression consacrée « vous voudriez en savoir
un peu plus » d’effectuer les recherches.


J’avoue éprouver une certaine satisfaction pour mes écrits, dont cinq ouvrages
parus en autoédition parce qu’y sont retracés les vécus et témoignages de
personnes qui ont croisé mon chemin. Le dernier livre paru sous l’égide d’une
Association locale est le reflet de la vie de plusieurs dizaines de personnes de
la commune qui m’accueille depuis ma retraite. Plusieurs des témoins, hélas, ont
disparu. Mais ce modeste ouvrage relate leurs vécu, passions, activités. Eux,
qui pour reprendre une malencontreuse expression, sont « ceux qui ne sont rien ».


Au bout du bout, je ne suis pas mécontent de mon parcours, ne serait-ce que
parce que j’ai appris des autres, ceux qu’on rencontre sur son chemin. Et, me
semble-t-il, ils méritaient que par la lecture, on retrouve ce qu’ils ont vécu.


Dernière chose : quand je serai là-haut chez Saint-Pierre, je vous observerais
attentivement et sans doute me dirais-je, ils me ressemblent bien ! Comme moi,
ils n’écoutent pas les conseils des anciens et c’est peut-être bien ainsi !

Tag(s) : #Textes des auteurs
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