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Bijou caillou chou genou hibou joujou pou. Ça vous rappelle quelque chose ? Combien de fois avez-vous rabâché cette litanie ?

 

Tous ces noms s’ornent de la lettre x, lorsqu’ils se multiplient.

 

Il y a très longtemps, les livres de grammaire n’existaient pas encore. La famille des Sept Noms était connue plus ou moins. La rengaine, aussi. Mais Bisou n’était pas encore né.

 

On connaissait, on savait faire des bises, des baisers, pas encore des bécots ou des pelles.

 

Les pages, les damoiseaux, forts timides, fidèles au Code d’Honneur, courtisaient, dans le secret de leur cœur, les gentes et jolies damoiselles...

 

Un jour, cependant, n’y tenant plus, un jeune courtisan approcha l’élue de son cœur.

 

« Gente et belle dame, permettez que j’ose une requête. »

 

« Requêtez, requêtez, mon beau monsieur. »

 

« Voudriez-vous bien me faire l’honneur, d’accorder à votre humble serviteur, la permission de vous faire une bise. »

 

Tout cela prononcé devant moult assistance, réjouie et fort curieuse de connaître la suite.

 

Les occasions de se divertir étant chose rare.

 

« Une bise où ? » répond la joliette d’un air faussement effarouché.

 

« Un beso ! » s’exclame bruyamment un courtisan espagnol, de passage ce jour-là.

 

« Je vous ai offensée, ma Dame. Je vous en demande pardon. Permettez que je me retire. »

 

L’espagnol n’a rien perdu de la situation, se rapproche de la belle.

 

« Oun besou. » «  Un besou. »« Un bisou. »

 

Mais la femme du beau conquistador intervient : « Manuel, sus besitos son para mi, recuerde ! »*

 

Et s’adressant à la jeune fille, dit souriant :

 

  Un bisou

 

N’importe où

 

Et des bisoux

 

Partout. »

 

 Cette dernière, rougissant fort : « Je vous remercie, Madame, de m’avoir éclairée sur ce sujet. »

 

Sur une révérence, elle se retire dans ses appartements.

 

Dès le lendemain, l’histoire fait le tour de la cour. Des bruits de bisous résonnent dans l’air.

 

« Bise où, bisou. », « Bise où, bisou. » « Bisou, bisou, bisou……. »

 

Ainsi du mot bise naissent beaucoup de bisous.

 

Aucun grammairien ne se penche sur le pluriel de ce joli mot doux.

 

Toutes les correspondances galantes de l’époque, lorsque l’amoureux ou l’amoureuse, très épris choisissait de s’en faire beaucoup, nous montrent qu’il était d’usage de l’écrire avec un x.

 

Alors, naturellement, bisou prend place dans la famille des Sept Noms.

 

 Allons-y, bijou, bisou, caillou, chou, genou, hibou, joujou, pou.

 

Oui mais, Caillou râle d’avoir reculé d’une place. De dépit, il se jette par terre, s’éclatant en mille morceaux.

 

Chou se plaint. Ses feuilles ont été déchirées par tous ces petits cailloux. Un deuxième chou sort d’on ne sait où, proteste à son tour. Puis un troisième, un quatrième ; apparaît un champ entier.

 

Une mamie, se retrouvant devant cet immense parterre, dit : « Mais je ne peux pas cueillir tous ces choux. J’ai mal à Genou. »

 

L’autre grogne : «  Et à ce rythme-là, ce sera pas un genou qui souffrira, mais deux genoux. »

 

Hibou, qui tente de dormir, car nous sommes en plein jour, bubule : «  Cessez ce vacarme, je n’arrive pas à dormir. Si ça continue, je vais en parler au syndicat des hiboux. »

 

Joujou, abandonné, clame : « Hibou, toi qui a de bons yeux, aide-moi à retrouver ma famille. »

 

Hibou a entendu : « Nous ne sommes pas en pleine nuit. Mais pour toi, je veux bien faire un effort. Ta famille de joujoux est près de la mare. C’est pas loin. » Joujou remercie et se hâte vers les siens.

 

Pou l’interpelle : « Hé, attends-moi, Joujou. Je viens avec toi. »

 

Joujou court de plus belle, laissant Pou loin derrière lui.

 

Pou heurte Bijou. Bijou se retourne, dédaigneux : « Ne me touche pas, vermine ! Vas-t-en loin de là ! »

 

S’ensuit une bagarre entre poux et bijoux.

 

 Bisou ne comprend pas ce qui se passe : « Pourquoi tant de fureur ? »

 

Il n’est pas habitué à cela. Il a été élevé dans la tendresse, couvert de caresses et de baisers.

 

« Que se passe-t-il ? »

 

On lui explique la déception de Caillou, les choux, mamie qui a mal aux genoux, Joujou et Bijou qui ne veulent pas entendre parler de Pou.

 

La bouche de Bisou s’ouvre en un beau sourire : « Ce n’est que cela ? Je vois ce qu’il faut faire pour que tout s’arrange. »

 

Et Bisou distribue des bisoux à tout le monde, même à Pou qui en rougit. On ne l’a pas habitué à ça !

 

Puis Bisou déclare : « Mes amis, je vous fais mes adieux. Je pars chercher une place dans le monde des Baisers, des Bises et des Embrassades » Ce-disant, sa bouche mime un bisou, qu’il souffle vers les Sept Noms. Et on peut voir voltiger dans l’air, tels des ballons, mille et un bisous.

 

*"Manuel, vos bisous sont pour moi, rappelez-vous."

 

 

Ecrit le 13 mars 2013, pour Cristina (italienne) qui clôturait  ses courriers de  charmants bisoux.

Tag(s) : #Textes des auteurs
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