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Tous les matins, il avait pour rituel de prendre son café dans une petite tasse bleue.

 

Pourquoi avait-il toujours eu cette manie de s’attacher à des objets aussi banals et fragiles qu’une tasse, lui qui n’avait pas le geste sûr, la plupart du temps ?

 

Elle était en porcelaine de Limoges, entièrement ornementée de fleurs de volubilis d’un bleu profond. La couleur mobilisait presque toute la surface, si bien qu’il la repérait uniquement par sa couleur. Il ne se rappelait même plus quelle catégorie de fleur ses flancs étaient décorés.

 

Peut-être renfermait-elle le souvenir de celle qui le lui avait offert. Une amante pour le moins originale qui avait choisi cette tasse de couleur bleue, car lui avait-elle dit en même temps qu’elle la lui donnait : elle est du même bleu que mes yeux, ainsi tu te rappelleras de moi tous les matins, lorsque je ne serai plus là…

 

Les mots qu’elle avait employés l’avaient troublé. Elle évoquait déjà d’absence, alors que quelque six mois seulement s’étaient écoulés depuis leur première rencontre !

 

Pourquoi lui avait-elle offert cette tasse qui aurait plutôt convenu à une femme plutôt qu’à un homme comme lui ? Elle paraissait d’une extraordinaire fragilité, tant les parois étaient minces et l’anse aussi fine qu’il ne la saisissait qu’avec moult précautions. C’était pourtant très inhabituel de sa part.

 

Elle était, c’est sûr, la plus belle que renfermait son buffet. Lui n’avait jamais eu un goût particulier pour la vaisselle et l’importance du contenu prévalait toujours sur le contenant.

 

Quel ne fut pas le drame lorsque s’apprêtant à boire son café un de ces matins, quand il s’aperçut que la tasse avait laissé sur la nappe, comme une ultime empreinte, un rond de café. Pourtant il n’avait pas versé le liquide chaud avec maladresse, elle avait été mise sous le percolateur de manière classique et elle n’avait pas débordé. L’anse entre le pouce et l’index, il essaya de la faire tourner sur elle-même devant son nez en une difficile acrobatie du poignet. L’opération se traduisit par la chute en cascade du café sur sa chemise. Le liquide chaud provoqua chez lui un réflexe vif de recul et dans l’action l’anse se sépara de sa tasse et alla se briser au sol. Ainsi se dit-il je n’aurais plus l’occasion de me souvenir puisqu’elle m’avait quitté il y a de cela quelques jours et que sa nouvelle dulcinée avait les yeux marrons. Eh, puis je n’aime pas la nostalgie !

 

Tag(s) : #Textes des auteurs
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