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L'automne arriva d'un coup, en maître brutal soucieux de rattraper son retard et de remettre de l'ordre dans la maison.

 

            On avait pris goût au farniente et à la dolce vita. L'été prenait ses aises, jouait les adolescents attardés.

On s'était bien aperçu que l'aube pointait son nez plus tard, que les ombres s'allongeaient plus tôt et que les cigales avaient plié bagage. Mais l'on sirotait avec insouciance la tendre lumière des dernières journées de septembre...

 

Novembre.

L'automne.

Le maître est là.

Une voix tonne.

La voix du vent dévalant les vallées qui s'échevèlent, le vent du nord rauque et sonore aux accents furioso défouraillant dans les forêts effarées qui frissonnent et pleurent à foison des larmes de sang et d'or.

 

Novembre.

Premières gelées.

Le Cousson revêt sa toison chamarrée, le Cheval Blanc sa pelisse d'hermine.

La neige, déjà !

 

Hier on était au balcon, nous voici aux tisons...

L'automne n'est pas encore là que déjà c'est l'hiver...

 

Repli général !

Vite !

Rentrer le bois pour les premières flambées.

 Vite !

Remiser les pots de fleurs sous le préau, calfater de bull pack le gros laurier rose et le bambou, voiler les belles de nuit sous le portique.

Le jardin semble fantomatique demeure au bois dormant.

La maison se pelotonne.

Vite !

Préparer les nichoirs refuges des oiseaux,

garnir les mangeoires de boules de graisse et de noisettes,

provisions pour le long siège à venir.

Vite !

Ressortir les doudounes et les bottes fourrées.

Vite ! Vite !

Branlebas de combat !

Voici l'hiver !

 

Drôle de bonhomme, cet automne qui joue les arlésiennes et n'est jamais là où on l'attend !

 

On en avait rêvé, des feuilles mortes qu'on ramasse à la pelle,

des vieilles photos sépia,

des plumes sergent-major

et des cahiers à spirales des écoliers d'antan,

au temps jadis,

quand ils ne regagnaient l'école qu'à la mi-septembre,

moissons et vendanges accomplies,

des langoureuses promenades lamartiniennes auprès des lacs endormis et des amours abolies,

des nobles mélancolies devant d'enfantines initiales

gravées sur l'écorce des vieux chênes,

des granges démolies...

 

L'automne c'était la nostalgie de ce qui va mourir et qui respire encore,

les saveurs d'une vie qui doucement agonise, exhalant ses arômes.

L'automne, ce moment de grâce atone

où l'on prend le temps de se retourner sur soi

pour se dire un ultime adieu,

ce manuscrit buriné des rides des regrets,

manuscrit palimpseste,

bientôt enseveli de neige immaculée...

 

Las !

Perturbé peut-être par le dérèglement du climat, le Ciel ingrat, cette fois, refusa d'exaucer nos vœux.

 

L'automne ?

 

On ne l'a pas vu cette année...

 

L'arlésienne, on vous dit !

 

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