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La photo est vieillotte, jaunie par endroit, laissant à penser qu’elle avait longtemps traîné sur un meuble dans le grenier, éclairé par quelque rayon de soleil filtrant au travers d’une toiture d’ardoises disjointes. L’homme apparaissant sur ce cliché avait les traits burinés d’un marin ayant sillonné toutes les mers du globe.

 Marc descendit de l’échelle à pas mesurés, car il avait autant peur de la chute, que de la colère de ses parents, s’ils apprenaient qu’il enfreignait leur interdiction d’en gravir les degrés. Même le père de famille, à chaque fois qu’il avait eu besoin de s’y rendre craignant que les barreaux trop vieux et en partie bouffés par les vers, ne rompent sous son poids. Il s’était pourtant promis, un de ses jours, d’investir dans une neuve en alu, donc inusable, mais la dépense lui paraissait trop dispendieuse pour l’utilité qu’il en avait.

Le grenier était pour le père de famille un endroit où entreposer des objets dont on ne voulait plus, mais dont on hésitait toujours à se séparer, de peur d’avoir à le regretter plus tard. C’était si souvent le cas.

 Tous les ans au même moment de l’année, Marc entendait ses parents parler de cet ancêtre, sans vraiment dire quel avait été l’événement ayant entraîné sa disparition… Marc les avait pourtant assaillis de questions, mais ni le père, ni la mère n’avait exaucés sa demande d’explications. Il ne lui en avait pas fallu plus pour l’engager à faire sa recherche lui-même, quitte à leur désobéir. Estimaient-ils que cette disparition ne le concernait pas ? Marc avait fouillé sans résultat dans tout le rez-de-chaussée de la maison. À partir de ce moment, il n’eut plus qu’une seule idée en tête, monter au grenier, seul endroit où il n’avait jamais mis les pieds.

Il était arrivé au dernier barreau. La trappe était juste là, au-dessus de lui. Sa tête touchait même la surface en bois. Il lui fallait maintenant la relever. Les charnières, n’ayant pas été manœuvrées souvent, grincèrent sous sa poussée, emplissant la maison d’un bruit égrillard. Heureusement, ses parents étaient partis au travail et ne rentreraient que dans plusieurs heures ! Marc avait tout son après-midi pour mener à bien ses recherches. Il avait eu l’intention d’y aller le dimanche précédent, mais ses parents étaient présents dans la maison et il pensa du coup qu’il avait eu raison de ne pas l’avoir fait ce jour-là. Ils n’auraient pu éviter alors, d’être pris la main dans le sac.

L’accent avait, si souvent, été mis sur cette interdiction, qu’il pensait aux raisons forcément graves, peut-être un secret de famille, pour qu’elle soit toujours aussi intransigeante. Il n’en fallait pas davantage pour exciter sa curiosité encore un peu plus.

Lorsque la trappe fut complètement repoussée, Marc réussit à se hisser et se mettre debout dans la pièce. Il fut frappé par le désordre ambiant dans lequel se trouvait une foule d’objets, dont quelques-uns avaient trôné un temps dans sa propre chambre, il y a plusieurs années. Il en reconnaissait quelques-uns au passage, les trouvant très moches. Il fut étonné de les revoir, car lui avait-on dit : elles iraient aux ordures !

Mais pour lui le plus important, était de découvrir l’identité de l’individu de la photo jaunie. Marc vit plusieurs valises poussiéreuses. Juste à côté, une malle en bois, son dessus bombé l’attira immédiatement. Elle lui fit tout de suite songer à celle représentée dans une bande dessinée qu’il avait lue quelques années auparavant. Il croyait se rappeler qu’il s’agissait d’une histoire de corsaires.

La malle paraissait en bon état. Des coins en métal, ainsi que plusieurs ferrures dorées agrémentaient le dessus du couvercle, lui donnant l’apparence d’un certain luxe. Sur le devant un système de fermeture avec rabat gravé du nom de sa famille était en place, mais fort heureusement aucun cadenas n’empêchait son ouverture.

Dès qu’il eut relevé le couvercle, il fut interloqué par le nombre de livres de classe qui se trouvaient là, mais ce qui le subjugua le plus… c’était cette dizaine de cahiers à spirale, copieusement recouverts d’une belle écriture presque calligraphique. Il aurait tout aussi bien pu la qualifier de noble si tant est qu’une écriture si belle soit-elle pu être agrémentée d’un tel qualificatif. Marc y avait trouvé tellement de valeur qu’il aurait pu le comparer à la découverte d’un manuscrit antique.

Tout cela ne l’avançait pas beaucoup. Il n’avait pas plus d’explication quant à sa recherche. Il ne trouverait pas dans ces cahiers un quelconque rapport avec la photo. Il en était sûr !

Il poursuivit sa recherche dans le fond du grenier, là où se trouvait un meuble passablement délabré, au point qu’il pensa que son père avait dû le démolir à coup de masse. Le dessus était éventré et une des portes prête à tomber, n’était retenue que par un gond.

Comment allait-il s’y prendre pour aboutir dans sa recherche avec tout ce fatras ?

Au fond du meuble démantibulé, il aperçut un gros classeur assez épais. C’était un vieil album photo. Il le sortit et vint le poser sur une petite table basse. Il se lança à le feuilleter et il alla de découverte en découverte. De plus, les photos étaient légendées avec les indications au dos des noms et prénoms des personnes.

Il retrouva une photo assez ressemblante à celle ayant circulé dans la maison et qui avait provoqué sa quête…

Derrière la photo qui représentait un soldat en tenue militaire était indiquée un nom connu… Le même que celui de son père et du sien, sur laquelle était inscris à la plume : mort le 12 juin 1917 et à la mine de plomb écrit très fin et presque effacé : (fusillé pour l’exemple à Ventelay).

Marc se demandait bien ce que cela signifiait. Son seul souci, pour l’instant, était de savoir comment il allait pouvoir évoquer sa découverte devant ses parents…

Marc était plutôt embêté d’avoir fait cette découverte, sans pouvoir obtenir plus d’explication. Il se demandait s’il avait bien fait de faire ses recherches et s’être entêtée à cause de cette simple photo. Comment allait-il abordé le problème ? En fonçant droit devant quitte à se faire disputer pour avoir désobéi en montant au grenier ou en ne disant rien, en relatant sa découverte à son instituteur, le lendemain matin ?

Toujours est-il que le soir lorsque ses parents rentrèrent du travail, il afficha devant eux un large sourire. Alors que Marc était plutôt du genre réservé et toujours un peu dans la lune, là il était agité et si joyeux, que cela fini de mettre en alerte ses parents. Sa mère qui sentait que quelque chose clochait dans le comportement de Marc le prit à part, pendant que le père était occupé à autre chose dans son garage.

C’est Marc qui profitant qu’il était seul avec sa mère se lança le premier, en même temps qu’il sortit de sa poche la photo jaunie.

– J’ai trouvé au grenier une autre photo de la même personne en tenue militaire, avec indiqué derrière : fusillé pour l’exemple ! On peut m’expliquer. Pourquoi on ne m’a rien dit ? Justement en classe on doit en parler demain au cours d’histoire.

– Écoute Marc nous allons t’expliquer ce soir au moment du dîner, d’accord ?

– Oui, mais papa va savoir que j’ai été au grenier et je vais me faire disputer !

  – T’inquiètes pas mon fils, je vais expliquer à ton père et il va comprendre, crois-moi.

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