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Ce fut une femme noire, dernière dans le rang du cortège funèbre, qui jeta la première pelletée de terre humide sur le cercueil gisant au fond du trou profond...

 Moiteur sordide d’un terreau noir en transformation.

 Un après-midi triste et morne. Le vent déchaîné sur les arbres de plus en plus effeuillés fait tourbillonner les feuilles au sol.

 Un grand cimetière pointant des pierres tombales grisâtres et des mausolées rarissimes s’étend à perte de vue.

 En un rang serré, les éclectiques membres de la famille éprouvée semblent courir les fesses serrées vers le caveau familial. Devant les portes défraîchies se tient le vieux curé au côté des membres du conseil municipal au grand complet ainsi que les quatre croque-morts de l’antique maison funéraire de l’Aube naissante.

 Quelques gouttes d’eau du bénitier de plus ne feraient sans doute pas de différence sur le repos du mort dans sa tombe refermée à tout jamais, songe le vieil officiant. Il tremble légèrement à chacun des gestes qu’il pose. Et les signes de croix qui s’exécutent sur le front tout autant que sur le plexus solaire sans oublier les épaules. Et les voilà toutes et tous ou presque qui ont sans aucun doute le don de rassurer les abandonnés au sujet du grand départ.

 Bien évidemment qu’il serait accueilli les bras ouverts de l’autre côté du miroir. C’est certain qu’il ne peut en être autrement pour lui qui aimait tant les bolides criards et les folles vitesses vertigineuses. Tout autant que l’escalade à mains nues à même les pentes abruptes. L’Aube nouvelle se lève assurément pour tous les trépassés en quête du pardon attestant l’essentiel d’une existence si courte faite d’expériences éparses et trop souvent désastreuses.

 Recherche éphémère du plaisir. Abandon du trop-plein des lourdeurs hélas encore accumulées, puis enchaînées aux vicissitudes impromptues dues au hasard d’une vie bien trop brève et qui en finale sont délestées l’espace d’un battement de cœur.

Cruelles déceptions venues entacher les rêves anodins et ceux des grandeurs inespérées et pourtant tant désirées, du moins ne fût-ce qu’en rêve.

 Il tomba tant de pluie cet après-midi-là. Un vrai temps d’enterrement. Un temps de chien disait la veuve, la mine en contrition. Une pluie drue et forte, triste et morne.

 Le vent s’était déchaîné sans prévenir. Sur les toits environnants aux bardeaux vieillissants, il avait glissé en guerre contre le temps. Sur les arbres de plus en plus effeuillés, il avait braillé la peine enfouie depuis si longtemps. Puis vient peu à peu l’eau trouble en mouvements linéaires.

 Après avoir dansé sur la macabre marche funèbre, il osa gémir tout contre le voile noir de mousseline de la veuve éplorée.

 Puis, tandis qu’une femme obèse jetait la dernière pelletée de terre noire, presque mort d’ennui, dans un dernier souffle, le vent d’automne alla se perdre le long des grandes allées aux dalles bétonnées bordées de pierres grises en mémoire des chers disparus.

 Le voile sur l’au-delà s’était enfin déchiré. Un corbeau sur une branche croassa pour la dernière fois. Plusieurs coups de feu pétaradèrent entre les rares silences de l’air environnant. Mine de rien, dans l’espoir désespéré de changer la charge négative de l’atmosphère en émotions positives, une voix grave et chaude s’éleva au loin.

 Quelques instants plus tard, seule avec son désespoir, une femme en noir traînait d’un pas lent à la queue de la procession funèbre. Un gros nuage sombre la suivait en retour vers l’église richement ornée de magnifiques pierres grises.

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