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Mon père a eu la brillante idée un jour, de faire voler, un petit avion de papier, dans le couloir de notre appartement, il n’avait pas idée ce jour du tsunami qu’il avait déclenché en moi.

Quel magnifique jouet ! Je passais des heures à le lancer, à le regarder planer, tourner, monter jusqu’au plafond et disparaître derrière un meuble.

Dans mes rêves les plus fous, je volais au ras du plafond de la salle de cours et regardais mon professeur gesticuler en dessous, pendant que mes camarades de classe rigolaient à gorge déployée.

En cachette, mon père recopia dans un cahier d’écolier, le plan d’un modèle réduit de planeur en balsa et le construisit durant ses moments libres, il s'appelait « le moustik ».

Lorsqu’il fut prêt, il nous invita à le faire voler dans la campagne environnante ; Quelle après-midi !...

Ma mère, voyant mon intérêt grandissant pour tout ce qui volait, planait et virevoltait, décida avec mon père de nous inscrire, mon frère et moi, à un cours de modèle réduit de planeur.

Mon professeur, devant mon enthousiasme délirant, cru bon de créer un modèle unique, juste pour moi, imaginez ma jubilation et ma fierté surtout quand il lui donna le nom de « Erik ».

Lors de son premier vol plané, lancé au moyen d’un petit treuil, ce fut la révélation, je voulais être dedans…

Après les séances de vol de mon super planeur, je traînais souvent mes pieds autour des aéroplanes de l’aérodrome voisin, quelle ne fut pas ma surprise un jour, de me voir proposer un tour en avion au-dessus de ma ville natale, mon sang ne fit qu’un tour que j’étais déjà assis aux côtés du pilote.

Ce fut un peu avant le coucher du soleil, l’air y était calme, une légère brume provenant de la mer donnait au paysage ce flou artistique que recherchent parfois les photographes, je reconnaissais chaque détail, chaque route, chaque rue, chaque maison, ce fut merveilleux, magique… Le plus beau jour de ma vie ;

De retour sur le plancher des vaches, mon esprit encore dans la brume céleste, je n’avais plus qu’une idée en tête, devenir « Pilote ».

À seize ans, mes parents m’offrirent mon baptême en planeur ; après le décollage, tracté par un avion sur une piste en herbe, la montée au-dessus des vignes, je vis notre remorqueur battre des ailes puis un claquement sec suivi de l’image du câble de remorquage qui fouettait en s’éloignant devant moi.

Le silence supporté par le souffle de la vitesse, le pilote me laissa contempler le paysage quelques minutes puis il me demanda de serrer mon harnais et de me tenir aux poignets situés de part et d’autre de la cabine, aussitôt je vis l’horizon disparaître, basculer un coup à droite puis un coup à gauche, je me sentis tout léger puis l’instant d’après je me sentais lourd et voyais le sol plein le pare-brise pour ensuite revenir en vol normal.

Ces premières sensations, loin de m’effrayer, renforcèrent ma résolution.

Qui n’a jamais rêvé de voler ? Mais de là à passer du rêve à la réalité parfois la marche peut paraître tellement haute que beaucoup passent leur vie à continuer de rêver.

Je lisais toutes sortes de livres sur l'aéronautique, je passais des heures à dessiner toutes sortes de machines volantes, j’observais les goélands, les buses et ne ratais aucun avion qui glissait dans le ciel.

Peu après mon vol d’initiation, devant tant de détermination, mes parents n'eurent d’autre option que de m’inscrire à un cours de pilotage de planeur.

Depuis ce jour, j’ai passé ma vie en l’air, dans des planeurs et des avions, dans toutes sortes d'endroits et à apprendre à piloter à toutes sortes de mondes, mon plus gros salaire est le remerciement de ceux qui accomplissent leur rêve, mais je n’ai jamais oublié l’avion de papier ni le sourire de mon père.

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