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Foulard noué sur la tête pour se protéger du soleil bien chaud en ce début juillet, Augustine était assise à côté de Émilien en redingote sur le canot.

Après leur délicieux repas du dimanche sur les bords du lac de Bournazel, ils avaient décidé de s’offrir une petite balade pour profiter de la fraîcheur de l’eau qui dégageait une brise agréable. Parmi le fouillis des embarcations près de la guinguette, ils avaient trouvé un joli canot rouge et blanc qu’ils louèrent à l’après-midi, pour trois fois rien.

Émilien, bien que gauchi dans sa redingote, godilla sans mal jusqu’au milieu du lac puis laissa flotter le canot tout en contant musette à son épouse adorée. Augustine qui aimait se répandre en commérages de toutes sortes n’était pas la dernière à pérorer. Tout en discutant, ils dérivèrent doucement. Sans s’en rendre compte ils perdirent la rame qui avait glissé, sans bruit, de la dame de nage et s’était enfoncée entre deux eaux.

Alors qu’ils devisaient tranquillement, Augustine fut prise de maux de ventre soudains. Émilien, tout à coup très inquiet, voulut rentrer au plus vite. Et là quelle surprise : plus de rame ! Il tenta de ramener le canot près du bord en utilisant la force de ses bras musculeux mais après sept ronds dans l’eau, il renonça.

Il se mit à brailler à tue-tête pour appeler « au secours » alors qu’Augustine se tordait de douleur.

Malheureusement, ils s’étaient terriblement éloignés du restaurant et personne ne réagit à ses appels.

Augustine, à chaque douleur pointue poussait un cri. Elle se mit à respirer de plus en plus fort entre les tensions douloureuses qui ressemblaient fort à des contractions. L’accouchement n’était pourtant prévu que pour le 10 août.

Émilien, las de crier dans le vide, essaya de se remémorer l’enfantement de son neveu qu’il avait assisté et tourna toute son attention vers sa bien-aimée.

Une fois les eaux perdues, les contractions redoublèrent d’intensité et se rapprochèrent. Prenant soin de lui éponger le front avec sa chemise humide il tenta de l’accompagner en lui tenant la main et en soutenant ses efforts. Augustine, s’accrochant fermement à la main d'Émilien mit au monde une petite fille.

Le tenancier du restaurant, ne voyant pas revenir son embarcation, vit aux jumelles qu’il se passait quelque chose d’anormal sur le canot rouge et blanc. Il mit un autre canot à l’eau et partit à la rencontre du couple.

Quelle ne fut pas son étonnement lorsqu’il entendit les pleurs d’un bébé !

Il ramena tout le monde à terre et fit prévenir le médecin qui bien vite arriva. Ayant coupé et noué le cordon, il délivra Augustine.

La patronne de la guinguette donna le bain à la petite fille que d’un accord tacite, Augustine et Émilien prénommèrent Ondine.

Ondine avait choisi le jour et le lieu de sa naissance, privilégiant la présence exclusive de ses deux parents.

Ce fut un beau dimanche au lac : un dimanche inoubliable.

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