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Son regard était posé sur l'enfant qui s'était endormi sur son sein. Elle ne pouvait s'empêcher de scruter sa frimousse apaisée. De temps à autre, un sursaut ou un froncement de sourcil inopiné venait l'arracher à cette douce quiétude. Un souffle régulier et quasiment imperceptible faisait se lever son ventre qui, à l'image du reste de son corps, semblait infiniment petit. Seuls ses cheveux, hirsutes et dont on percevait nettement déjà le roux intense se détachaient de sa minuscule silhouette, enveloppée dans un lange d'un pâle semblable à celui de sa peau.

L'accoucheuse n'avait d'ailleurs pas caché sa surprise à la découverte de cette tignasse dense et bien implantée pour un nourrisson.

Sans détourner les yeux, elle se mit à réaliser lentement ce que cet enfant signifiait pour elle. Toute sa vie n'avait été que mensonges, renoncements et ingratitudes. De l'austérité de l'orphelinat au silence angoissant du couvent.

Elle vomissait à présent ce trop-plein de rigueur, ce besoin d'ordre absolu, ces lignes directrices empreintes de violence et vides de sens.

Ses cheveux, qu'elle n'attachait ni ne peignait plus désormais, c'était comme un pied de nez au passé. Une petite révolution. Sa crinière dévoilée, ses boucles retrouvées virevoltaient au gré du vent. Des nœuds se formaient ? C'était tant mieux, la vie reprenait peu à peu ses droits.

Alors ce marmot, avec sa touffe suspecte, elle l'aimait démesurément. Elle lui prédisait déjà un avenir grandiloquent, l'imaginait aussi irrévérencieux et indomptable que sa chevelure naissante. Après tout c'était lui l'unique descendant de l’Ebouriffée.

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