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Marseille était sous le soleil, un de ces soleils d’hiver qui sans être chaud avait l’avantage de redonner un peu de baume au cœur de ceux, solitaires malgré eux, qui n’en disposent plus trop, compte tenu de la fête de Noël proche. Il y avait en la circonstance de quoi mettre à l’honneur le dicton : « Noël au balcon, Pâques au tison»

Le genre de fêtes organisée par Suzy était de nature humanitaire comme toujours. Elle avait ça dans la peau, la bienfaisance et l’empathie.

Ce genre de festivité était pour beaucoup et en particulier pour Suzy, l’occasion de se mettre derrière son piano à cuisiner pour une ribambelle de déboussolés de la vie, dont certains inscrits à la toute dernière minute, dont on était en droit de se demander s’ils n’étaient pas un peu agités du bocal. Suzy n’avait donc ce jour-là, point besoin de consoler sa propre solitude, elle avait fort à faire.

Le travail avait toujours été pour elle assez salvateur, quitte à se retrouver une fois le « coup de feu passé » à sombrer dans un ennui encore plus mortel qu’avant.

Xavier l’aidait et dont le métier de comportementaliste animalier ne pouvait strictement rien pour ces individus quelque peu dérangés. Il connaissait pourtant leurs défauts, mais ils n’entraient pas dans son créneau de prédilection. Il était plus habitué à s’occuper, comme sa profession l’indique, de comportement animalier plutôt qu’humain. Il était pourtant assez fâché, lorsqu’un de ceux-ci se mit à faire le clown devant les deux ou trois enfants présents là et en ne faisant rire que lui-même..

Certains adultes commençaient à râler de le voir monopoliser l’attention et les regards. Il troublait le cours de l’organisation de la fête qui pour le moment n’avait qu’un seul souci… finir de mettre en place toute la salle. Le maître d’hôtel avait à peine fini de border la table d’une bande de dentelle dorée, que beaucoup des invités n’ayant pas déposé leurs manteaux et fourrures au vestiaire, les avaient simplement posés sur des dossiers de chaise, trop pressés qu’ils étaient d’être à table. Xavier avait bien raison de râler, lui qui ne supportait pas l’inconfort et le manque d’apparat dans la présentation des choses. On a beau s’adresser à des gens dans le besoin, la fête doit être la fête, proclamait-il à qui voulait l’entendre. Et il n’y avait pas que le savoir-vivre qui dirigeait son travail, c’était bien plus qu’une vraie superstition. Il ne voulait pas mettre une chose là où elle ne devait pas être, alors quand il vit plusieurs convives entreprendre de changer la disposition des choses, il se prit d’une colère qu’il aurait voulue sourde, mais qu’il ne put empêcher d’extérioriser en fouettant les impudents avec les quelques branches de houx dont il disposait et destinés à décorer la table.

Et le type était toujours là, qui n’arrêtait pas de faire le clown. De quoi se prendre la tête. Suzy qui commençait à fatiguer, tapait dans le tas de friandises chocolatées qu’un des cuistots lui avait offert le matin même. Le chocolat avait toujours été, pour elle, le remède miracle pour combler ses angoisses. Il y avait aussi l’écriture, outre qu’elle était une occupation s’exerçant ordinairement dans une grande solitude, elle avait l’avantage plus qu’autre chose, d’être un ailleurs, un exutoire et comme le disait un poète, un certain Jean-Louis Giovannoni : peut-être que nos mots sont la seule terre où on peut s’établir.

Tag(s) : #Textes des auteurs
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