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Trois petites filles dans une cour sombre sont en train de jouer à la poupée.

Alice avec son joli nœud bleu dans les cheveux a choisi Marie, la délicieuse poupée aux yeux clairs et aux boucles blondes. Toute sage et bien coiffée elle était la plus mignonne dans la boutique de Madame Martin. Il a fallu tempêter et crier pour que Maman l’achète. Alice caresse doucement sa robe d’un air rêveur. Un tel jupon cela doit tenir bien chaud quand même.

Dorina est la plus grande, elle n’a pas un poupon comme les deux autres fillettes mais une barbie brune aux cheveux longs avec une robe pourpre bien courte qui laisse voir ses longues jambes parfaites. Une déesse des temps modernes, maquillée au naturel mais si sexy. Dorina regarde ses genoux cagneux et fronce les sourcils de frustration.

Caroline prête peu d’attention à son jouet, pourtant c’est une jolie poupée chinoise emberlificotée dans une robe de satin rose. Ses yeux en amande et son sourire peint éternel fixent les nuages de cette fin de soirée d’été.

-       Il fait très chaud non ? Marie n’a pas besoin de ce jupon inutile, je vais lui enlever.

La voix d’Alice fait quasiment sursauter ses compagnes inattentives au jeu. Avec un plaisir manifeste elle lève le vêtement à la poupée blonde et le plie soigneusement sur ses genoux. Elle se tourne vers Caroline :

 -       La tienne aussi a une robe serrée qui lui monte jusqu’au cou, tu devrais faire quelque chose.

Caroline regarde sa poupée, c’est vrai qu’il fait chaud, elle déboutonne calmement la robe pour laisser l’ai y rentrer et murmure :

-       Barbie n’a pas ce problème-là, sa robe est courte et bien ouverte. Comme Carla.

La remarque insidieuse fait l’effet d’un véritable coup de griffe à Dorina, Carla est sa sœur ainée, elle a 15 ans mais en fait déjà 20. Elle est belle et gentille mais elle sait que d’autres la critiquent plus ou moins ouvertement comme par exemple la maman de Caroline. Elle est sur le point de rétorquer vertement quand elle sent la main d’Alice sur son bras. Avec son regard de porcelaine et ses longs cils elle apaise immédiatement la fillette et elle se lève et prend la parole.

-       Aujourd’hui est un jour de grande peine pour Marie et Barbie, leur amie Jade les a quittés.

La phrase reste en suspens dans le silence de la cour. Caroline la regarde d’un air interrogateur. Alice lui prend la poupée des mains, une bien petite poupée, et l’entoure avec le tissu du jupon jusqu’à devenir une momie d’un blanc éclatant d’où l’on n’aperçoit uniquement quelques bouts de robe en soie.

Alice reprend la parole, ses amies sont hypnotisées par sa voix douce et basse.

-       Après plusieurs années de bonheur partagé avec son mari Alexandre, Jade a été lâchement abandonnée du jour au lendemain. Alexandre ne l’a pas quittée, il a juste oublié de revenir un soir. Sans explication, sans lettre d’adieu signée de sa main, sans un au revoir.

La gorge de Caroline se fait sèche tandis qu’Alice continue.

-       Ecrasée de douleur, éclaboussée par le scandale, Jade aura lutté contre son désespoir plusieurs années durant. Elle a fini par abandonner la lutte. Nous sommes là aujourd’hui, nous ses amies, Barbie et Marie pour dire quelques mots sur sa tombe.

Les trois filles se lèvent et suivent Alice dans le fond de la cour. Celle-ci dépose Jade dans une petite cavité. Il ne reste plus que le jupon blanc et vaporeux qui dépasse du trou noir.

Dans le silence trois filles et deux poupées se recueillent.

Les sanglots de Caroline brisent le silence. Ses deux amies l’entourent. Dorina lui tapote le bras avec tendresse. Alice attend quelques minutes que les pleurs de son amie se calment et elle prend délicatement Jade dans son trou. Un peu pour respecter la solennité du moment et un peu pour ne pas abimer le joli jupon de Marie. Elle récupère la poupée, reboutonne sa robe de satin et la rend à Dorina qui la serre contre elle avec reconnaissance.

 -       Il se fait tard, nous devons les faire dîner et les coucher déclare Dorina, Barbie va faire une bonne soupe au concombre bien fraîche et va inviter ses copines à la partager.

Les trois filles retournent vers le centre de la cour et préparent la dinette.

Dorina éclate de rire quand Alice met une serviette autour de Marie en déclarant qu’il faut mettre un tablier pour ne pas se tâcher.

Caroline songe à sa maman qui doit être en train de préparer le dîner, elle aussi. Depuis que papa a disparu elle s’applique beaucoup à préparer les repas, elle met la table pour trois et elle attend. Mais Papa ne rentre jamais et elle finit par débarrasser, faire la vaisselle puis elle prend un somnifère dans un grand verre d’eau et va se coucher.

Elle se tourne vers ses copines et déplie la nappe :

- On va mettre des bougies, elles sont si belles toutes les trois pour leur dîner entre amies.

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