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– Tu sais bien que je ne supporte pas les concombres, dit Pierre avec humeur en essayant d’éliminer les éclaboussures de gazpacho sur sa cravate en soie.

Énervé. Il est énervé. En face de lui, Muanza mange avec son air de recueillement habituel. La nourriture, c’est sacré et on ne parle pas en mangeant. S’il avait été de la famille, on aurait dit qu’on y reconnaît bien la signature du grand-père, qui fermait boutique à midi pile et mangeait religieusement sa soupe à midi deux. Juste le temps de se laver les mains.

– En plus, j’ai vu qu’il n’y a plus de somnifères, j’ai pris le dernier hier soir, ajoute-t-il comme s’il y avait un rapport avec le gazpacho.

Sur sa belle cravate, les motifs lilas ont pris des teintes pourpres et à force de tirer dessus, le nœud est complètement emberlificoté.

– Et pendant que j’étais au travail, demande-t-il de manière insidieuse, vous avez fait quoi, tous les deux ?

En voyant la réaction de Marie, il se rend compte qu’il se montre bêtement jaloux, mais tant pis, c’est fait, c’est dit. Sa cravate en soie est foutue et son humeur aussi, définitivement.

Muanza n’a pas besoin de comprendre le néerlandais pour savoir que la conversation tourne mal. Il prend garde de ne pas relever la tête de son assiette et gratte consciencieusement les plus petites cavités déjà vides de son demi-tourteau.

“Mieux vaut déraper avec le pied qu’avec la langue”, comme disait sa grand-mère.

Tag(s) : #Textes des auteurs
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