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L’air, élément invisible, fluide, compressible, expansible, insaisissable, impalpable et pourtant nous en ressentons la morsure du froid ou la chaleur torride, sa force lorsqu’il courbe les branches des arbres ou arrache le toit de nos maisons.

On dit qu’il est l’origine de la vie, sans lui que serions-nous ? De vulgaires molécules en suspension dans le vide, composant l’atmosphère d’une géante gazeuse ou encore écrasées sous des kilomètres de glace ou de magma.

Fort heureusement, notre planète et bien différentes des autres, cette mince couche que nous appelons atmosphère est respirable, notre ciel est bleu, les nuages aux couleurs et formes changeantes qui tantôt nous protègent du soleil, tantôt nous abreuvent, tantôt nous émerveillent.

Une atmosphère dans laquelle nous pouvons évoluer librement, depuis que l’homme est homme, il n’a eu de cesse que de regarder vers le ciel, vers les nuages dans l’espoir de s’affranchir des distances, des obstacles, comme un oiseau.

Ces nuages aux noms scientifiques, parfois poétiques, évocateurs, tel que « nacré », « noctulescent » ou encore « lenticulaire ».

J’ai eu l’immense bonheur de frôler à maintes reprises ces derniers, à bord de ces grands oiseaux blancs que l’on appelle « planeur » et dans ces moments-là on se sent comme un oiseau, libre de toute attache, à mille lieues au-dessus de la surface, loin des soucis, loin des préoccupations terriennes, loin des vicissitudes de la vie quotidienne.

Imaginez-vous planer au-dessus de vos semblables, eux ne savent même pas que vous êtes là alors que vous, vous pouvez les voir, mais quel intérêt ? Le ciel est grand, les nuages vous attendent, vous monter et tournant comme le font les mouettes ou les rapaces, votre horizon s’élargit, vous voyez de plus en plus loin. Les villes et villages sont de petits jouets, le patchwork des cultures et les reliefs ressemblent de plus en plus à une carte de géographie, vous reconnaissez tout et peu à peu vous vous déconnectez de la surface, le temps devient relatif, vous ne faites plus qu’un avec le ciel, avec les oiseaux, vos semblables.

Tiens, en voilà un, un albatros, que fait-il si haut ? Et là un voilier de cigogne qui vient du sud, hé ! Le printemps arrive, un virage sur l’aile et vous filez entre les cumulus cotonneux, laissons-nous planer vers les montagnes aux sommets enneigés, on fait bonjour à un groupe d’alpinistes, eux aussi cherchent les hauteurs mais comme un objectif à atteindre, nous, nous n’en avons pas, on plane au gré du vent, nous croisons un aigle royal, majestueux, imperturbable, impressionnant, il ne bouge pas une ramure mais il nous surveille, peut-être n’est-il pas seul ? Laissons-le vivre sa vie, continuons notre chemin.

On longe la paroi rocheuse, attention ! Un groupe de choucas qui s’amusent, volent et virevoltent en tous sens et même sur le dos, les farceurs, nous sommes trop grands pour eux, virage à droite, allons voir plus loin mais pas trop bas sinon c’est la vache.

Faire une vache, c’est se poser dans un champ, un planeur au sol c’est comme un oiseau blessé, il n’est gracieux que dans son élément, l’air.

À regret, il faut descendre alors on prend son temps, nous survolons l’aérodrome et on en profite pour faire quelques pirouettes, histoire de perdre de l’altitude, bien entendu…

Puis c’est l’approche, concentration, sans moteur on a droit à un seul essai, la finale tout en douceur, on frôle le sol alors on entend le bruit des herbes qui frappent la roue juste avant son grondement sur la surface puis la vitesse diminue, l’aile tombe au sol, c’est fini, nous voilà revenus des humains.

Je ne pourrais pas vivre sans air et je ne peux pas imaginer vivre sans voler.

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