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-       Un pack de trois !

Mais quel blaireau ! Il trouve ça amusant et fait son beau mais il se ridiculise.

Les trois filles le regardent l’une avec pitié, l’autre avec amusement et la dernière ne le regarde même pas. Elles sont si jolies toutes les trois. Habillées avec soin, maquillées juste ce qu’il faut.

Aucune ne lui adresse la parole, elles auraient pu au moins rire à son trait d’humour. Il rumine, les filles sont maintenant bien délicates, bien coincées. Ce n’est pas grave, il a l’habitude, il n’a jamais plu aux midinettes, elles le trouvent trop petit et pas assez bien pour elles.

Il récupère les clés de sa chambre et se décide à monter les escaliers vers les étages. Il est fatigué, il a beaucoup travaillé cette semaine, une bonne semaine rentable, qui rapporte un max. Cela valait le coup de se donner de la peine. Il ouvre la porte, se débarrasse de ses chaussures et s’affale sur le lit.

Il s’endort en pensant qu’il va bien falloir qu’il trouve un appartement... Depuis qu’il est parti de chez sa mère en claquant la porte, il enchaine galère sur galère. Entre l’épicier qui lui a promis 150 euros par jour et qui lui en a donné 10 à la fin de la première semaine en rigolant et les bons plans foireux de Joseph, il n’a pas jusque-là réussi à se faire du blé. Il a juste de quoi régler sa chambre et est obligé d’aller dîner chez sa tante le midi pour faire un repas décent par jour.

Un craquement le réveille brusquement, il sursaute en s’apercevant qu’il y a une personne dans la chambre. C’est une jeune fille tout de noir vêtue qui le regarde en lui faisant signe de se taire. Un doigt sur sa bouche elle lui ordonne de garder le silence. Il entend dans le couloir du remue-ménage. Manifestement il y a des personnes qui la cherchent.

Il ne dit rien et reste même immobile. Plus par embarras que pour lui rendre service. Il l’observe, elle est brune avec des grands yeux bleus. Une gothique, tout en noir : un spécimen.

Elle est maigre mais jolie. Elle se rapproche, il a d’abord un mouvement de recul mais elle le rassure d’un sourire en lui faisant signe de se taire.

Des coups s’abattent sur la porte. La jeune fille se crispe et le regarde avec angoisse. Il se sent calme, il se sent fort. Il lui de se cacher sous le lit. Il se dirige vers la porte. Il se retourne et vérifie qu’on ne la voie pas puis ouvre largement la porte.

-       C’est quoi ce bordel !!! Qu’est ce qui se passe ! Je dors moi !! Il y a le feu ?

Deux hommes se tiennent devant lui, pas franchement rassurants.

-       Eh mec ! t’as pas vu une minette ?

-       Si j’en avais vu une je ne serais pas en train de vous parler !!

Un rire bête lui sort du fond de la gorge, il ne fait pas sourire ses interlocuteurs, décidément pas son jour….

Un des deux balèzes l’écarte et scrute la chambre, il va ouvrir la porte de la salle de bain et bouge rapidement les rideaux. Il le repousse en sortant de la chambre

-       Dégage minus.

Les deux gars s’éloignent. Alex referme la porte et pense enfin à respirer.

-       Tu peux sortir. C’est qui ces malades ?

Elle sort de sous le lit et chuchote :

-       Des macs qu’est-ce que tu crois ? Tu es dans un hôtel de passe, ce sont les hommes de main de Fabio.

Il est stupéfait mais essaie de ne pas le montrer. Cela explique pas mal de trucs : les filles jolies qui le snobent, l’hôtel toujours plein et les prix bas. Quel idiot.

-       Pourquoi ils te cherchent ? Tu ne veux plus tapiner ?

 

Il ne l’a pas vu venir mais la prends en pleine tête. Une volée mémorable, même son père ne lui en a jamais collée une comme ça.

Elle le regarde dégoutée.

-       Je rigole, je rigole, alors c’est quoi l’embrouille ?

-       Je suis la fille du proprio, j’aide parfois au comptoir même si ça me saoule. Y a un mec qui a bastonné une fille, un client, devant moi tu te rends compte… Je l’ai fracassé.

Il la regarde avec surprise : elle doit peser 50 kilos, elle a un immense serpent qui lui entoure le bras droit et qui remonte vers son épaule. Un animal bleuté qui part du poignet et s’enroule autour de son avant-bras.

Elle remarque son regard et a une moue expressive.

-       J’ai pris une batte évidement. Je ne suis pas sure qu’il puisse se relever ce porc…

Elle est fière, il a peur. Si elle a vraiment massacré ce client, les choses ne vont pas se tasser toutes seules. Il n’aurait jamais dû l’aider, ils vont le savoir, ça va être sa fête ensuite.

-       Il faut qu’on se barre vite fait. Ils vont revenir.

Elle n’a pas l’air inquiète, pourtant.

-       Viens.

Elle se dirige vers la fenêtre et écarte à peine le rideau pour regarder dehors.

Elle est folle ? On est au quatrième étage !!!

Après s’être assurée qu’il ne se passe rien dehors, elle ouvre les battants et monte sur la rambarde puis disparait.

Il s’approche et jette un œil dehors. Elle a grimpé sur un rebord qui longe le bâtiment. A 10 mètres de haut. Elle est folle.

Il entend du bruit dans le couloir, les hommes reviennent à la charge, il faut partir. Il enjambe à son tour la fenêtre. Elle a pris un peu d’avance... Il s’accroche comme il peut, un pas après l’autre. Il a avancé d’un mètre. Les balaises sont déjà à la fenêtre et crient. Il n’entend pas, il essaie de se concentrer. Il regarde vers l’avant, vers la jolie brune qui a déjà presque atteint l’autre bâtiment.

Il a la nausée, il a peur, son estomac se tord. Pas à pas il se rapproche de son but. La fille est arrivée, elle est sauvée du vide et de ses assaillants, elle peut disparaître. Elle ne l’abandonne pas et tend le bras vers lui, il regarde le serpent, si beau, si fin autour de son bras. Il voit une ombre derrière elle, un des gros bras. Il crie pour la prévenir mais elle est toute tournée vers lui et ne vois pas le danger avant qu’il ne s’abatte sur elle. Elle disparait de son champ de vision. Il reste seul, en équilibre sur son parapet. Il ne sait plus. Plus de bruit, plus de cris. Il avance encore et se retrouve sain et sauf sur la petite terrasse. Plus personne. Il se faufile dans le bâtiment, prudent. Rien. Une fois dans la rue il vomit toutes ses tripes. Quoi faire ? Il ne peut pas retourner à l’hôtel. Aller chez les flics ? Impossible.

Il tourne dans le quartier. Ses pas le ramènent chez sa mère. Il n’a plus rien du mariole fier et plein de morgue du matin même. Il frappe à la porte et entre. Son regard trouble et perdu dissuade toute prise de tête. Il s’assoit et reste silencieux toute la soirée.

Le lendemain matin il se lève, s’habille et sort. Chez le tatoueur il demandera un serpent, un long serpent bleuté qui part du poignet et remonte jusqu’à son épaule. Le petit garçon est devenu un homme. Il ne saura jamais ce qui est arrivée à la fille, il ne sait même pas comment elle s’appelle mais sa rencontre, son histoire et son courage resteront gravés dans son cœur et sur sa peau. Pour ne jamais oublier. Pour être un homme de principe et ne pas quitter le bon chemin.

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