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Pour saisir le bonheur

Ne pas courir. Il n’est pas dans le pré.

Un rien le fait fuir, dit-on. Surtout ne pas bouger. Le laisser s’apprivoiser.

Savourer l’instant.

 

Siroter l’été

Sous la treille, s’émerveiller du zonzon des abeilles ivres de pollen

Boire le soleil à grandes lampées dorées

Ecouter les sources chuchoter en catimini

Se laisser bercer, comme un bébé, par l’été

Laisser couler l’instant.

Surtout ne pas bouger

 

Rougir avec l’automne aux sumacs empourprés

Qui dit que l’automne est monotone ?

Parcourir les coteaux enflammés de brasiers multicolores

Ouvrir grands ses yeux

S’emplir des queues de paon des arbres triomphants offrant leur nuancier

Cueillir les dernières pivoines

Jouir des rayons déclinants, comme une bayadère s’alanguissant

S’épanouir

S’évanouir,

Interminablement…

Monotone, l’automne ?

Humer les riches flagrances de l’humus tapissé de mousses, de châtaignes, de feuilles amassées

Rêvasser aux romances de Cosma, de Verlaine, aux anciennes rengaines sans cesse ressassées

Aux amours mortes à la pelle ramassées

Aux violons qui sanglotent, repenser

Aux langoureux amants tendrement enlacés, aux amants de Doisneau qui jamais ne se lassent de s’embrasser

Laisser mûrir l’instant

Surtout ne pas bouger

 

 

S’étonner toujours du blanc velours des premières neiges calfeutrant les chemins

Entendre soupirer le chien devant la cheminée où craquent les derniers sarments

Poser sa joue au creux d’une main chère

Nul besoin de serments enflammés : s’aimer, tout simplement

 

Laisser s’éteindre lentement la paisible lumière

Dormir, avec l’hiver

Laisser mourir l’instant

Surtout ne pas bouger

 

Quand, soudain, débâcle printanière, ton cœur bondira, quand ton cœur s’ébrouera comme un jeune chien fou,

Ris, pleure, crie, renverse les barrières,

Comme un vol d’alouettes rêves éparpillés,

Tels de vifs martinets cisaillant l’air dans les clochers encorbellés que tes rêves vrillent le ciel écartelé

Crie, casse, brise les glaces muettes, écorche ton cœur sur les fils barbelés

Mitraille aux meurtrières, brave les barricades, porte l’estocade aux routines surannées, aux doux, aux tièdes, méprise tes aînés, manifeste, revendique :

« Sous les pavés, le bonheur ! »

 

Quel vacarme !

A force de le réclamer, à force de crier « aux armes ! »

Il a pris peur,

Le bonheur.

Il a filé.

 

Le bonheur est dans le pré, cours-y vite, cours-y vite…

Tag(s) : #Textes des auteurs
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