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Qu’est-ce qu’un écrivain ?

J’ai lu quelque part qu’est écrivain celui qui écrit. De la même façon qu’un sportif est considéré comme tel parce qu’il pratique une activité physique régulière. L’article rapportait qu’il fallait s’entrainer tous les jours, même si l’envie n’y était pas, écrire, tout ce qui passe par la tête, relire, améliorer sans cesse, tourner et retourner les phrases jusqu’à ce qu’elles nous ressemblent enfin. Parce que, comme le sportif, tout arrêt d’activité fait basculer l’écrivain de la lumière à l’ombre en un rien de temps.

Mais suffit-t-il de coucher des mots sur le papier pour être écrivain ?

Combien de millions en ai-je vomi jusqu’ici ?

Combien de syllabes, de consonnes ai-je dégluti, telles des lames aigües, tombant en hallebarde sous un orage jupitérien ?

Combien de feuilles de papier, froissées, jetées à terre dans la confusion et moi, me débattant dans cette mer chiffonnée, écumant de colère, les yeux exorbités de rage ?

Combien ?

Je songe à toutes ces personnes qui passent 5 heures par jour enfermées seules devant un ordinateur, une machine à écrire ou un calepin dans l’espoir d’obtenir le prix littéraire de l’année. Est-ce là le sacrifice nécessaire pour être considéré comme écrivain ?

Avez-vous déjà eu la curiosité de taper sur les moteurs de recherche la phrase magique « comment devenir écrivain » ? Vous tomberez sur des articles bienveillants voire moralisateurs qui répètent leur antienne habituelle : pour devenir écrivain il faut du désir, du talent, lire beaucoup, il faut avoir des maîtres d’écriture, de l’inspiration, de l’originalité, surprendre le lecteur, commencer à écrire la fin de l’histoire et la dérouler, fabriquer des personnages à l’aide de fiches détaillées, les faire évoluer, alterner les scènes d’action et les dialogues et autres ingrédients divers et variés. Mais tout ça, c’est de la poudre de perlimpinpin ! Si c’était aussi simple que ça….

J’ai grandi avec l’idée qu’un jour j’écrirais un livre, mais le doute se consume à force d’émietter les mots car « je ne sais s'il y a le moindre ordre et quelque bon sens dans ce que je t'écris ! » (1)

Certes, l’écriture reste un besoin viscéral pour moi. Mais je la conçois sans contrainte, libre, spontanée, un mot m’entrainant dans la fosse d’un autre sans qu’aucun rapport intime ne les unisse vraiment. J’aime jouer avec eux, m’éparpiller sur la page, et d’un saut de cabri, passer du poème à la prose, de la litote à la périphrase, ou de l’anaphore à l’épiphore. Je n’ai nul besoin de personnage ni d’histoire à conter pour écrire. Ce sont les mots qui me conduisent et non moi qui les gouverne. Je suis leur esclave et non leur maître. Ils font de moi ce qu’ils veulent et ça me plait de m’évader vers l’inconnu avec eux. Les découvrir, les essayer, les tâtonner. Parfois même, ils me suggèrent de les placer là où je ne les attends pas. Ou bien de les détourner de l’abîme où ils se voient régulièrement précipités.

Pour autant l’écriture n’est pour moi ni une bouée d’amarre ni quelconque rempart inexpugnable. De la même façon qu’une personne atteinte de logorrhée présente un besoin incontrôlable de parler, je ressens un besoin incontrôlable de répandre la lave noire qui bouillonne en moi. A ce degré-là, je pencherai plutôt pour un accès de gloutonnerie.

J’en conclue, in petto, que je suis une sorte de pique-bœuf des mots, tout simplement.

Il m’est très facile de recracher ensuite sur le papier toute l’essence cachée de mon âme. Et de la travestir par des métaphores qui, je vous l’accorde, s’approchent parfois du galimatias !

L’art d’embrouiller les pensées et de tromper son monde…

Une fois rassasiée de cette volupté convulsive, je peux passer des mois sans déverser une seule goutte d’encre. C’est à ce moment précis que les livres prennent le relai. Je deviens bibliophile. Je me mets à croquer et à dévorer les mots des autres, je m’en approprie les sonorités pour qu’elles réveillent en moi des promesses de lendemains d’écriture. C’est étrange, n’est-ce-pas, mais si vous y voyez un menu larcin, tant pis !

Alors, je m’interroge. Faut-t-il se contraindre à une « hygiène » draconienne de l’écriture ou suffit-t-il de griffonner quelques mots sur le papier de temps en temps pour être considéré comme écrivain ?

Epargnons-nous cette chicaya littéraire. C’est croquignolesque !

Ce que je crois c’est que peu importe la façon dont nous écrivons, peu importe le temps que nous consacrons à l’écriture. Ecrire, c’est avant tout ouvrir une porte sur le monde, sur notre propre monde, notre univers intérieur, et lire, c’est ouvrir une porte sur celui des autres, sur nos différences.

Alors, continuons à broder nos mots, et même si l’ouvrage comporte quelques trous, quelque tartuferie que ce soit, n’oublions pas que l’écriture a d’essentiel la part de plaisir qu’elle procure !

 

(1)    Lettres originales écrites du donjon de Vincennes pendant les années 1777, 1778, 1779, 1780 par le comte Honoré de MIRABEAU

Tag(s) : #Textes des auteurs
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