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Accoudé aux bastingages de ce navire marchand, il regardait la côte s’enfoncer doucement sous les eaux. Il sut alors qu’il ne la reverrait plus, la vie lui parut soudainement insipide.

Il faut dire que ce n’était pas la première fois qu’il s’était fait prendre au jeu de l’amour, mais il n’arrivait pas à se guérir de cette douce maladie, c’était comme un conditionnement irréversible, dès le premier regard, son esprit tout entier devenait la proie d’un désir inassouvie.

Il l’avait rencontré, il a moins de huit jours, alors qu’il déambulait dans le parc du centre-ville, près du petit lac, la température douce du mois de mai l’avait incité à sortir, plutôt que de rester cloîtré devant son écran ordinateur à tenter vainement de noircir une page de son prochain roman.

Il marchait, sans but précis, au détour du sentier, elle était là, près d’un rosier nain, donnant à manger à de superbes cygnes blancs.

Elle avait apporté quelques graines dans une timbale et les lançait aux volatiles qui se bousculaient devant elle en caquetant ;

Gracieuse, dans sa robe d’été, il n’avait pu résister et s’était empressé de cueillir, dans le pré voisin, une douzaine de coquelicots et de marguerites, pour en faire un bouquet champêtre.

Une légère brise lui avait apporté son parfum, comme un message d’amour, se laissant guider par ses sens, il s’était approché d’elle et lui avait tendu le bouquet.

« Mademoiselle, permettez que je vous offre ce modeste bouquet qui rend grâce à votre grande beauté et vous ferez de moi votre humble serviteur, vous êtes pour moi la manifestation vivante de « la dame du lac » celle que l’on ne voit que dans ses rêves… »

Cette approche inhabituelle avait eu pour effet d’intriguer la belle qui, de fil en aiguille, s’était laissée bercer par ses douces paroles.

Elle savait que ce n’était que poudre aux yeux, mais charmant était le garçon, belle était la journée et n’ayant rien d’autre à faire, elle l’écouta.

Un jeune marchand de glace passait sur le chemin, d’un signe il commanda deux cornets aux fruits de la passion et l’invita à s’étendre sur l’herbe pour les déguster ; Il la dévorait avec gourmandise, la sentant proche de succomber, il ne voulait rien précipiter.

Lorsqu’elle retira ses souliers, laissant apparaître d’adorables petits pieds, il s’imaginait déjà, passant la soirée avec elle, pendu à son bras, se pavanant devant ses amis et finir la nuit emmêlait dans ses draps.

Il flottait sur un nuage et aurait voulu que cette journée ne finisse jamais.

Le temps filait, alors qu’ils devisaient paisiblement de choses et d’autres, un homme, de fort belle apparence, s’approchait avec un énorme bouquet de roses sur les bras.

« Tiens ! se dit-il en le voyant, voilà un homme éperdu d’amour qui court rejoindre sa dulcinée, le printemps est propice à l’amour et il semblerait que je ne sois pas le seul » et quelle ne fut pas sa surprise de le voir se diriger vers eux.

À peine l’avait-elle vu, qu’elle s’était levée d’un bond et s’était précipitée dans ses bras…

Puis elle s’était retournée vers lui, tout en s’adressant à son prince charmant « je te présente un ami, dit-elle, il m’a offert une glace pour me faire patienter, quelle délicate attention n’est-ce pas ? ».

Elle était rouge de confusion et déclara, « merci cher ami pour ce moment bien agréable, j’espère que nous aurons l’occasion de nous revoir » et sur ces entre-faits, elle lui avait tourné le dos et avait disparu au bras de l’inconnu.

Il ne savait rien d’elle, même pas son nom et pourtant il se sentait trahi, abandonné, rejeté et n’avait qu’une hâte, disparaître, et voilà pourquoi il s’était embarqué comme homme d’équipage sur ce vieux cargo rouillé en partance pour les Indes.

Si je vous dis cela, c’est qu’a ce jour nous n’avons plus aucune nouvelle de lui, peut-être a-t-il fini par trouver ce qu’il cherchait…

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