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Toute la semaine c'était presque entièrement passé à l'extérieur de la vieille maison à la longue véranda attenante au jardin anglais. Le jardin d'autrefois, elle aimait bien l'appeler ainsi, s'y juxtaposait d'une manière toute naturelle, comme s'il devenait son prolongement nécessaire. Il lui donnait l’air de fraîcheur tant désiré au cours des chaudes journées d’été. Et dieu seul sait combien de fois, il l'avait vu s'y promener du matin au soir, accompagné de son adorable et inséparable parapluie bleu à la main et de ses nombreux cahiers feuillus aux couleurs d'enivrantes musiques sous le bras. Je ne supporte pas les fortes ardeurs du soleil disait-elle pour se plaindre des inconvenantes joies rayonnantes des magnifiques journées de ciel bleu.

 

     Valencia raffolait aussi de son antique piano en bois d'ébène. Elle l'avait fait déplacer sous la tonnelle à l'occasion des noces d'or de ses parents bien-aimés. Elle les affectionnait toujours et pour eux, elle avait joué leurs airs préférés accompagnés de son fidèle amant musical.

 

     D'ailleurs, son lustre impeccable d'un rouge vif d'une éclatante beauté réfléchissait les objets environnants tel un mystérieux miroir et lui rappelait les soirs de fêtes au manoir ancestral de ces grands-parents. Ces longues soirées de bal se louaient de s'éterniser jusqu'au petit matin. De toute manière, Valencia ne désirait rien de plus fort et de plus grand, que ces nuitées passées sous la luminosité affable de la pleine lune. Elle qui avait eu une enfance des plus heureuses, en avait conservé de somptueux souvenirs. L'atmosphère d'antan de ces soirées intimes était à la musique et à la danse ce qu'était un piano à trois temps à une valse rouge de passion sur un parquet de bois ciré avec une attention amoureuse.

 

     Mademoiselle Valencia aimait bien s'y mirer. Sur le plancher aussi. Pour dire l'entièreté de la vérité, il ne faut surtout pas passer sous silence le fait qu'elle utilisait tout son temps libre à jouer de son piano préféré. Et à danser. Elle ne possédait que lui. Son passetemps préféré se résumait en effet à y admirer son reflet égotique qui s'amusait à y danser des danses lascives sur des airs de musiques enivrantes...

 

     Ce fameux piano avait donc mérité au cours des ans le surnom génial de " véritable et vénérable piano rougeoyant ". Voilà pourquoi, l'on ne pouvait y jouer que des airs passionnés sans en rougir de plaisirs cachés ou de désirs inavouables et sur lesquels il n'était pas possible de ne pas danser.

 

     Que ce soit la Valse où la Mazurka

d'origine polonaise, le BUGARU chinois introduit au Japon je ne sais plus vers quel siècle tellement il était ancien ou encore la GAILLARDE, cette magnifique danse aux rythmes et aux variations presque infinies de pas très enjoués, en passant enfin par celle qu'il ne faut surtout pas oublier, la Passecaille... elles étaient  toutes à trois temps.

 

        Mais ce qu'elle appréciait bien évidemment par-dessus tout, c'était son vieux parapluie bleu. Elle ne s'en séparait jamais. Sauf, bien évidemment, pour laisser courir ses longs doigts sur les touches blanches et noires. Il lui rappelait la profondeur et la riche intensité du bleu des grands yeux vifs de son amant d'autrefois. Il avait le regard pétillant, se plaisait-elle à raconter, ce charmant Godefroy Delancour.

 

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