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Il était né pour jouer au football. Il était doué. Il avait réussi à intégrer l'équipe nationale. Mais ce soir il se retrouvait sur cette scène à parler à la foule, à lui donner de l'espoir d'un autre pays. Et il était heureux, son pays s'éveillait et lui avec.

Demain il le sait les chars attaqueront. Ils n'avaient que leurs slogans et leurs chants "Allez dégage Bachar" comme armes mais ils savaient qu'ils gagneraient.

 

L'aube s'était levée, les chars s'étaient avancés, eux n'avaient pas reculés, ils s'étaient vus coincés dans des ruelles étroites, étouffés par les gaz, cernés de toute part par le feu des armes. Alors ils s'étaient engouffrés dans les trous béants des maisons et des immeubles, à courir sur les corps de femmes, d'enfants et de vieillards fauchés en pleine vie par les obus du ciel.

 

Et la résistance avait commencé. Ils avaient pris les armes eux aussi, en disant que les occidentaux allaient les aider. Mais ceux-ci avaient cédé à la pression des russes et ils étaient restés seuls dans leur lutte sans fin. Certains s'étaient tournés vers les hommes en noirs. Quitte à être tués autant que ce ne soit pas les mains vides. Mais pas lui, malgré les rumeurs qui le disaient radicalisé, ce n'était pas sa vision de la liberté et ce n'était pas la voie qu'il voulait pour son pays. Alors avec ses compagnons ils luttaient maison après maison, rue après rue. Victoires et défaites s'enchainaient. Ils vécurent comme des rats durant deux ans, dans l'indifférence la plus totale du reste du monde.

 

Et puis l'occident fut attaquée, et les vieux aux dentiers bien blancs dans leurs palais de pierres bien propres décidèrent d'attaquer et enfin de s'occuper de leur problème. Sauf que régler leur problème s'était maintenir au pouvoir celui contre lequel lui et ses compagnons d'armes luttaient.

 

Mais pour eux comme pour lui c'était trop tard. Une balle le faucha un matin doré de cet hiver sanglant.

 

Alors que les bus des occidentaux arrivaient pour évacuer les civils, alors que sept jours avant ils avaient capitulé, ses frères d'armes vinrent lui rendre un dernier hommage. Le jour de son enterrement, la dernière pensée qui leur vint à l'esprit, fut qu'ils étaient sans doute passés à côté de quelque chose.

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