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Je sentais l’air descendre sur moi comme une aura blafarde. Je ne savais ou j’allais. Ma lanterne s’était éteinte et j’errais dans le noir le plus absolu. J’avais perdu la notion du temps, de l’espace. Je ne savais ce qui était du dessus, du dessous. Juste avancer tout droit. Rien ne freinait ma marche, le sol était ou semblait lisse. Pourtant je tremblais à chaque pas que quelqu’un ou plutôt quelque chose ne me saisisse les chevilles. Je n’entendais pas plus de sons, rien, le vide, le néant. Où étais-je ? Depuis quand y étais-je ? Je ne voulais pas rester ici alors j’y allais, j’avançais, malgré la fatigue qui s’accumulait, malgré la peur qui sciait mes jambes. Je voulais sortir de là.

Et soudain le sol se déroba sous mes pieds, je me sentis tomber, sans rien à quoi me raccrocher... Je tombais, je tombais, je tombais encore et encore, je tombais longtemps, ne sentant que l’air de ma chute, comme une vulgaire paille. Ma peur était telle que je ne savais si mes pieds étaient au-dessus ou en-dessous de ma tête. Ou allais-je tomber ? Enfin mes pieds touchèrent le sol, un sol mou, comme rembourré. Je m’enfonçais dedans de toute la force de ma chute. Je ne bougeais plus. J’étais épuisée, physiquement, nerveusement. Je pleurais, je pleurais comme jamais avant, comme seuls les enfants savent pleurer, la bouche ouverte, à haute voix, pour que le chagrin s’en aille.

Au travers de mes larmes, soudain, je vis une lumière, une lueur. Je cessais de pleurer. Et là je la vis.

Comme une lumineuse petite olive dansant au loin. Qui s’avançait vers moi. Je restais là où j’étais. J’attendais. Son visage m’apparue en premier. Petit à petit. Blanc, les yeux noirs comme sans pupilles. Entouré de blondeur. Son corps était recouvert d’une grande toge immaculée de blancheur. C’était une petite fille bien étrange qui me fixait comme je la fixais. Seule la bougie chancelait, mystérieusement dansante. Je sentis qu’elle me prenait la main. Je me levais et la suivais sans penser. Ma peur était partie, mon chagrin était parti. Elle était la lumière et je suivais la lumière.

Nous marchâmes longtemps, sans parler, sans nous regarder. Même le fait de savoir où nous allions ne m’intéressait pas. Pourtant un bruit attira mon attention. C’était un bruit d’eau. Nous marchâmes vers ce bruit et nous entrâmes dans un puits de lumière. L’eau descendant d’une cascade était d’un bleu turquoise et venait mourir sur une plage de galets dorés. Soudain je me rendis compte que j’avais soif.

Je lâchais la main de la petite fille et me couchais sur la plage de galets pour boire à grandes goulées. Une fois ma soif épanchée, je me relevais soulagée. Et je regardais autour de moi. La petite fille avait disparue, je me retrouvais à nouveau seule. Je contemplais la cascade, la lumière qui descendait du ciel. Si je voulais remonter à la surface il allait falloir que j’escalade ces rochers.

Je me dirigeais vers eux et commençais à monter. Ce n’était pas chose aisée, les roches étaient glissantes par l’eau et la mousse accumulée dessus et je manquais à chaque instant de tomber. Arrivée au milieu de mon ascension je n’en pouvais déjà plus. C’est alors que je vis une corniche où je m’engouffrais soulagée. Je m’y reposais un instant, soufflant comme un buffle, tout en contemplant de derrière la cascade qui tombait en milliers de litres dans un bruit de tonnerre.

Un éclair de lumière attira mon regard. Je me dirigeais vers le fond de la corniche et vit une grotte dans laquelle je m’enfonçais. Et là je vis un énorme œuf en or, posé sur une colonne incrustée de diamants. Un Phoenix de jade gardait l’œuf d’un air sévère, comme un gendarme pouvant surveiller son prisonnier. La petite fille était là. Je m’assis à son côté et contemplais l’œuf. Il brillait d’une douce lumière qui apaisa mon âme. Je n’entendais plus le bruit de la cascade, ne sentais plus la fatigue dans mes bras. J’avais chaud, j’étais comme dans du coton...

Quand je sortis de ma rêverie, la petite fille avait fait un feu et plumait un étrange volatile, mi- vautour mi poulet. Elle l’épilait de façon appliquée. Puis elle l’embrocha sur un bout de bois et le fit griller au-dessus du feu. Une étrange odeur de citron se répandit alors dans l’air et mon ventre se tordit tellement j’avais faim. La petite fille sortit l’oiseau du feu, détacha une patte et me la tendit. Je me jetais dessus comme une sauvage des cavernes et engloutis mon repas sans aucune manière. La petite fille sourit silencieusement, se leva et alla se coucher sur une paillasse au fond de la grotte. Je repris du vautour-poulet jusqu’à ce que mon ventre cesse de me torturer. Puis, sous l’effet de la chaleur et du repas, je m’assoupis près du feu et dormis d’un sommeil profond, proche du coma, sans rêves ni cauchemars.

Quand je me réveillais la nuit était tombée, le feu éteint. Dans le noir je mis même un pied dans la cendre encore tiède, je devais être pleine de suie. Tant pis, je me dirigeais vers la sortie, je regardais une dernière fois l’œuf doré qui brillait doucement et repris mon ascension.

J’arrivais enfin à l’air libre. Soulagée je me couchais sur le sol dur, et regardais le ciel étoilé. Enfin !

Puis je me levais et regardais autour de moi. Je distinguais une brouette renversée dont la roue tournait sous le vent. Et je vis la maison, ma maison dont les fenêtres étaient éclairées. Alors je me souvins. Je m’échinais à désherber mon champs stérile quand ma brouette avait heurtée une pierre.

Entrainée par le poids, j’étais tombée en avant et avais chuté la tête la première dans une crevasse que jamais jusqu’alors je n’avais vu. Et ma tête avait heurtée le sol, effaçant pour un instant toute mon existence. Quelle étrange aventure ! je me levais, épuisée, éreintée, tout en repensant à la petite fille, à la cascade à l’eau si pure, à l’œuf d’or si doucereux et je vis devant moi ma vie miséreuse de pauvre paysanne m’escrimant chaque jour sur un terrain hostile pour nourrir mes enfants sans père...

D’un bond je me retournais et voulu me précipiter dans la crevasse pour retrouver toute cette paix mais... la crevasse avait soudainement disparue...

J’en pleurais, comme une jeune fille malheureuse d’une romance ayant mal tournée.

Et je restais là, agenouillée, sur mon terrain, à regarder la lune se lever au travers de mes larmes, en pensant à la paix, au bonheur que j’avais un instant saisis et si vite rejetés...

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