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Je travaille depuis 24 ans à l’Instituniveristé libre académique des poissons tropicaux et opistobranches. Lorsque je suis entré à la fin de ma 4ème année d’études polychromiques à l’ILAPTO pour un stage de fin de cycle certifiant durant 16 semaines, je ne pensais pas que toute ma carrière se passerait là !

Ici, chacun à sa place, mais nous avons tous besoin des uns, des autres. Dans le grand bâtiment néo-contemporain en bord de mer de Corail se croisent les chercheurs en bio-aquatique, les virtuoses polychromique, les spécialistes épidermiques, les docteurs en maladies intertropicales et, les enlumineurs, groupe dont je fais partie. Nous arrivons en bout de chaine, car notre travail consiste à peindre, à décorer chaque poisson et cheval de mer ayant perdus ses couleurs suite au réchauffement climatique que nous subissons depuis de nombreuses années.

Mon rituel du matin est toujours le même : avant de prendre mon poste, je m’arrête prendre mon café au Tropique situé au rez-de-chaussée, saluant les chercheurs et techniciens au passage, puis je file à mon bureau, situé au niveau -3 …Arrivé là, chaque jour , je m’émerveille : la zone tropicale dévoile, à qui passe le sas d’entrée, la vie mouvementée du récif et de ses habitants. Cette zone est articulée autour d’un grand bassin de 450.000 litres d’eau salée, qui reconstitue fidèlement un écosystème corallien vivant. On y retrouve, les Anges, les Papillons, les Demoiselles, les Cochers, les gorgones géantes violettes, le corail rouges, en fleur, les Dragons bleu… Que des formes et des couleurs enchanteresses !

Mon travail est là … Les couleurs …. Je choisi un poisson ou opistobranche neutre, c’est-à-dire qui a perdu ses couleurs d’origines et en fonction du cahier des charges apporté par les virtuoses polychromiques, je compose, je peins, je décore chaque espèce. C’est un travail minutieux, où les codes couleurs doivent être scrupuleusement respectés. On n’a jamais vu un poisson-clown vert et jaune ! Cela serait vraiment trop clown ! Je peins les Papillons-cochers, subtil mélange de jaune et de blanc, mais aussi les Anges Royal, très délicat à peindre, variations de bleus à turquoises le tout surmonté de jaune capucin, les petits clowns que l’on apprend à décorer en première année, car peu complexes, ainsi que les Aegires Minor, d’un jaune étincelant !

Aujourd’hui, je dois décorer des Anges Empereurs Juvéniles.

J’attrape l’épuisette qui trône au bord du bassin et capture un spécimen d’une dizaine de centimètre. Il faut le tenir fermement, sinon il s’échappe. Afin de pouvoir le peindre dans de bonnes conditions, je lui injecte un léger anesthésiant, qui me permet d’être tranquille pour un petit moment. Je m’assieds à ma table à dessin, ouvre ma palette Winsor, sort mes ustensiles, et très concentré, j’attaque la sous couche de bleu. Ma large brosse likitex.va et vient sur l’abdomen du dormant. Au final, ce jeune Empereur ne possédera que deux couleurs : bleu sombre, presque noir et blanc. Un fois la sous-couche terminée, je plonge le poisson dans un bain de solution vernissant. Cette étape est obligatoire entre chaque couleurs afin qu’il n’y ait pas de bavures, ou coulures. Ensuite, je prépare un nuancier de blanc pour les cercles concentriques, qui ne doivent être ni trop fins, ni trop gros, et juste espacés de quelques millimètre. Grace à mon pinceau fin, je commence par dessiner de petits cercles sur la nageoire caudale. En arrivant aux dorsales, je change d’outil et saisi mon couteau afin de donner un peu de relief à mes ronds. Le travail de la tête est très délicat car de nouveau les cercles se reprochent pour ne former plus qu’un. Je dois être précis et assuré dans mes gestes, pour un résultat impeccable. Une fois terminé, je place le nouveau-peint dans le petit bassin de réveil afin que ce joli poisson coloré reprenne connaissance et s’habitue à sa nouvelle robe. Tout le processus m’aura pris presque trois heures … pour deux couleurs !

En général, à ce moment précis, j’admire mon travail, et mes yeux se portent automatiquement vers un Zorro, comme je les nomme : un gros poisson Ange d’environ 40 cm. J’adore le travail effectué sur cette espèce. Les couleurs sont splendides : le fond est jaune vif, mais les flancs sont décorés de larges bandes bleues électriques. Ce même bleu a été peint au niveau des yeux pour donner un air mystérieux au poisson. On dirait qu’il porte un masque ! Un joli bleu pastel rehausse la bouche et les joues. Je pourrai rester là à les regarder pendant des heures, tant ils sont magnifiques. Mais le travail m’appelle, il y a encore beaucoup à faire ! Mon prochain tableau est une Flabellina, rousse et pourpre, une merveille !

Je suis très fier de pouvoir exercer ce métier, qui est une véritable passion, et même si mon travail venait à disparaitre, suite une prise de conscience collective des Hommes, je ne cesserai jamais d’admirer les fonds sous-marins et leurs beautés qui nous laissent toujours sans voix.

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