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Quelle idée absurde ! Ces paroles sorties, si spontanément, de la bouche d’Éléonore, reflétait l’énorme surprise suscitée par mon annonce. Éléonore était ma fiancée.

J’avais lancé cette idée à brûle-pourpoint un peu comme j’aurai pu dire… je vais faire les courses ! Le problème était que là, il ne s’agissait pas de m’absenter dix minutes, mais bel et bien de partir pour une semaine. Cette chasse ne se pratiquant que par temps clair et de nuit, m’avait-on dit, il fallait privilégier les mois d’été, c’est pourquoi j’avais opté pour le mois de juillet.

J’avais choisi cette bestiole par goût pour les choses rares, celles qui laissent la plupart des gens sceptiques, ainsi la concurrence serait moins grande, m’étais-je dit, ainsi l’on se trouve à être le seul ou très peu à se lancer dans cette recherche fastidieuse.

Je crois que ce qui la chagrinait le plus, c’était de me voir partir seul ! Éléonore étant très bavarde, détestant le silence, elle aurait contrarié grandement ma recherche et…fait fuir la bestiole avant même de l’avoir aperçue !

Le lendemain affublé d’un sac à dos, de mon appareil photo et du matériel de camping, je prenais le train en direction du sud de la France. L’on m’avait dit qu’il était plus facile de le trouver dans ces régions où justement les vacanciers ne vont pas beaucoup. Lorsque mon ami m’avait donné ce conseil, je m’en étais étonné, puisque lui dis-je, tous les ans nous avons coutume de voir les autoroutes du sud encombrées par les vacanciers en quête de soleil et de ciel bleu. Ce à quoi l’ami en question s’était empressé de me répondre que justement le seul point commun entre ces gens et moi, c’était la recherche de chaleur et de ciel bleu, pour le reste, eux iraient se dorer la pilule sur les plages, alors que moi, j’irai arpenter l’arrière pays, la campagne, la montagne pour guetter mon gibier tant recherché.

Tout compte fait, j’avais décidé plutôt que de me risquer sur les routes, de prendre le train et quelques heures plus tard, j’arrivais à destination.

Dès la sortie de la gare, je prenais la rue principale pour traverser la ville que j’arpentais à grands pas pour rejoindre la campagne profonde, vers quelques endroits secrets où je pourrais planter ma tente. J’avais opté pour le camping sauvage. Les contraintes y étaient absentes, sauf l’eau et l’électricité absentes, mais je savais faire sans. Il ne me restait plus qu’à trouver l’endroit idéal et je ne connaissais absolument pas le coin. Dans les campings classiques, le lieu m’aurait été imposé, alors que là je pouvais me mettre où je le souhaitais. Il aurait fallu faire la queue aux toilettes matin et soir et j’en passe… comme tous ces gens qui, rentrés dans ces lieux n’en sortent qu’à la fin de leurs congés, pour rentrer chez eux. Trouvant tout sur place, même la piscine, alors qu’ils sont à cent mètres d’une plage…

Ridicule ! Moi, j’étais bien au-dessus de tout ça…les vacances pépère, ce n’était pas mon truc ! Après plusieurs kilomètres de marche sur une route où je n’avais aperçu aucun véhicule, je prenais sur ma droite un sentier qui cheminait à travers une prairie assez grande et se dirigeait vers une forêt que j’apercevais bien plus loin à l’horizon. J’avisais une pancarte plutôt défraîchie et aux écritures presque entièrement effacées. J’ai cru y discerner les mots « pêche interdite et camp… ». Peut-être y avait-il un étang ? Je me réjouissais d’avance à cette idée d’autant que la bestiole, objet de mon voyage, devait bien trouver de quoi s’abreuver, alors quoi de mieux que d’être à proximité d’un point d’eau ! Je n’imaginais pas qu’il puisse s’agir d’un camping, car le sentier pour y accéder était impraticable en voiture, à moins bien sûr qu’un autre accès y mène, mais aussi loin qu’il m’était donné de voir je n’en apercevais pas. Je continuais donc mon cheminement du pas tranquille de celui qui est sûr de son affaire.

J’étais quasiment rendu à pied d’œuvre. La seule chose qui me manquait vraiment c’était l’endroit idéal, non seulement pour entrevoir la bestiole, mais aussi pour trouver un lieu tranquille où personne ne viendrait m’importuner. J’arrivais à l’orée de la forêt, lorsque je vis sur ma gauche un petit sentier serpentant entre les arbres. Quelques pas de plus et j’arrivai dans une petite clairière. La nuit, à ce moment-là, commençait déjà à tomber et bien que l’endroit fut très isolé, je n’avais aucune angoisse et le moral était au beau fixe, tellement ce lieu me parut merveilleux. J’étais vraiment heureux à l’idée de planter ma tente dans ce petit havre de paix. Son montage fut laborieux, car je l’utilisais pour la toute première fois. Si bien que lorsqu’elle fut enfin installée, la nuit était arrivée, noire et sans lune. Là, j’eus quelques inquiétudes de savoir comment je pourrais apercevoir la bestiole. Je savais que la nuit, nos yeux finissent par s’habituer au bout de quelques minutes à l’obscurité, mais tout de même là… pas le moindre quartier de lune ! je n’y avais pas songé avant de partir bien trop pressé d’aller à sa recherche !

Le voyage m’ayant quelque peu fatigué, je choisissais pour cette première nuit de me reposer, ainsi demain j’aurai l’esprit plus clair. Ce soir il aurait été peut-être un peu présomptueux de vouloir passer la nuit à arpenter la forêt et les alentours. J’envisageais pour demain, lorsqu’il ferait jour, d’aller inspecter les lieux et me trouver des repères qui m’aideront probablement ensuite.

Après une nuit où je n’avais pas beaucoup dormi, probablement tracassé inconsciemment par ma recherche, je me réveillais de bonne heure. Sitôt la tente ouverte, j’eus la surprise de voir un ciel gris et menaçant, j’en fus un peu marri, moi à qui on avait venté le temps toujours ensoleillé du coin, le premier jour allait s’avérer décevant. Je ne perdais pourtant pas espoir et décidé à faire face à tout défaitisme de partir à la recherche de ma bestiole ou tout du moins des signes qu’elle aurait laissées dans la nature et qui me mettrais sur son chemin, puisque j’étais venu pour ça.

Évidemment, j’avais tout ou à peu près tout pour être à l’aise sauf un vêtement de pluie. Je ne disposais que d’un seul pull-over et je me le réservais pour le soir. Je partais donc en chemisette et un petit sac à dos avec l’appareil photo. La pluie arriva très vite après mon départ et ne tarda pas à me tremper complètement. En quelques dizaines de minutes j’étais trempé de la tête aux pieds. Je continuais cependant mes pérégrinations dans la forêt pensant peut-être y mouiller un peu moins, sous la voûte des arbres, mais ce fut tout le contraire, ils s’égouttaient me mouillant encore plus qu’une pluie régulière.

La forêt s’éclaircissait assez rapidement et je découvris assez surpris quelques bâtiments, des chalets semblaient-ils…d’assez bonne facture. Ils étaient disposés en cercle autour d’un seul, lui-même circulaire. C’était tout ce que je pouvais en voir. Tout ce que je pouvais constater, c’est que le lieu devait être habité, bien qu’à ce moment aucun bruit, aucune présence humaine ne se fit entendre. Je décidais de ne pas aller plus loin sur cette découverte et continuais mon chemin en le contournant. Changeant de secteur, je percevais une odeur de vase qui me laissa penser qu’il y avait dans le secteur ou un marécage ou un étang. Au travers de hautes herbes qui me faisaient barrage et que j’aplatissais du pied, s’offrait à ma vue une assez grande étendue d’eau. Elle était complètement déserte, un grand silence juste troublé par le bruit de la pluie sur la surface liquide arrivait à mes oreilles.

Je décidais ensuite de rentrer à mon campement. Les chalets que j'avais vus m’intriguaient quand même. Heureusement, je pouvais revenir dans le secteur sans avoir à passer par là. Le chemin d’accès était inexistant et cependant il y avait des baraquements…il n’y avait pas non plus de voiture…bizarre qu’à notre époque alors que les gens font cent mètres en voiture pour aller chez le boulanger, ils viennent ici à pied ! Je passais la fin de la journée sous la tente et il pleuvait toujours dehors. Je grelottais de froid trempé que j’étais de la tête au pied et ce n’était pas par ce temps que j’allais sécher. Je décidais de passer cette deuxième nuit à dormir, pour récupérer toute mon énergie, car il en fallait pour ce que j’avais entrepris de faire. En plus le temps de la journée où il n’avait pas arrêté de pleuvoir rendait le terrain plutôt poisseux et il était peu probable que je croise ma bestiole par ce temps-là ! J’avais entendu dire par des gens soi-disant informés qu’elle ne sortait que par beau temps sec, sinon elle se terrait dans je ne sais quelle cavité de roche. Ça m’étonna quand même à la vue du terrain, d’autant que par ici c’était plutôt morne plaine, les rares éléments de relief ne devaient pas receler de cavité ni d’ailleurs de roche. J’en restais donc là de mes constatations et après m’être servis un repas plutôt frugal, je plongeais dans un sommeil profond. Le lendemain matin au réveil un brouillard épais couvrait la campagne qui mit plusieurs heures à se résorber, mais vers midi il n’en restait plus rien et j’admirais le magnifique paysage ensoleillée qui m’entourait. L’après-midi, je préparais mon matériel et profitais du soleil à son zénith pour faire sécher mes affaires trempées de la veille. Lorsque la nuit arriva, je me mis en tenue pour partir avec la ferme intention de traquer la bestiole pour laquelle j’étais venu.

J’avais repéré le chemin à prendre l’avant-veille, il ne devait pas y avoir de soucis à part peut-être dans la zone marécageuse et aux abords de l’étang. Pour moi c’était la seule façon de traquer mon gibier, puisqu’en définitif c’était bel et bien du gibier…il ne pouvait, comme tous les animaux et même les hommes, pas se passer de boire. Je le savais d’autant mieux que j’avais moi-même pris mes précautions avant de partir et tout au long de la journée où je m’étais désaltéré en buvant plusieurs bouteilles de rouge que j’avais emmené avec moi, conscient qu’à la campagne, surtout isolée comme celle où je me trouvais présentement, l’eau ne pouvait pas être potable…

Je marchais donc l’estomac plein, ce qui devait me mettre à l’abri d’une fringale, mais qui eut pour effet de me couper un peu les jambes au point de me faire trébucher plusieurs fois. Je ne digérais probablement pas ce que j’avais ingurgité tout au long de la journée !

Je me forçais à avancer coûte que coûte, la forme reviendrait bien à un moment ou à un autre m’étais-je dit ! Maintenant, j’étais en pleine forêt et je prenais la direction que je croyais avoir repéré. Au bout d’une bonne demi-heure de marche – je le pense – ne pouvant pas consulter ma montre faute de lumière, je crus entrapercevoir de petites lumières ou était-ce des yeux de ma bestiole ! Je n’en savais rien bien sûr. Je stoppais ma progression. Une odeur de fumée m’arriva aux narines. Quelques petits bruits se firent entendre. Bizarre me dis-je ! Cependant, tout cela semblait assez loin. Je décidais d’avancer pour me rendre compte quitte à me dévier de ma trajectoire de départ. L’odeur de fumée se confirma de plus en plus. La lumière devenait elle aussi de plus en plus importante et pour ne pas être en reste le bruit s’amplifia lui aussi. J’arrivais plus vite encore que je ne l’aurais voulu à croire que la nuit les distances se réduisent grandement par rapport à celles du jour…

Je tombais nez à nez avec des gens tous nus regroupés autour d’un joyeux feu de camp. Ils furent aussi étonnés que moi de me voir. Les chants, les paroles qui quelques instants avant mon arrivée fusaient de toutes parts, s’arrêtèrent brusquement imposant un silence qui me parut bien long.

On ne m’invita pas et combien on l’aurait fait que je ne l’aurais pas accepté, mais au contraire on me réprouva de m’être introduit dans leur camp de nudiste et en plus habillé alors que l’obligation est d’être absolument nu ! Je répondis que je n’avais aperçu aucune barrière ou indication de leur camp !

La suite fut que passé ce premier contact on m’intima l’ordre de me mettre dans la tenue d’Adam moi aussi. Ce que je fis non sans quelque appréhension. Je ne voyais pas où mettre mes vêtements, ce qui les fit se moquer. Alors que je n’avais toujours pas fini, mes hôtes me questionnèrent sur ce que j’étais venu faire en ce lieu, si ce n’était pas pour vivre nu le temps de mes vacances ? Je leur répondis tout de go que j’étais venu observer un animal rare. Ils poussèrent des Ah, des Oh d’étonnement ! Mais quel genre d’animal recherchez-vous donc par ici ? Tout en finissant de me déshabiller, je leur répondis : le dahu.

– le dahu, s’interrogea une femme aux seins énormes, mais qu’est-ce que cette bête ?

– avant même que j’esquisse une réponse qu’en vérité j’ignorais tout autant qu’elle, un homme se releva, brandissant un pénis en pleine turgescence ; vous nous prenez pour des nigauds…ça n’existe pas…juste dans votre tête !

– en vérité, je ne savais quoi répondre. Tout en finissant de me dévêtir, je restais bouche bée, rien, absolument rien ne pouvait sortir. J’étais sans voix.

À ce moment-là, je ne sais pourquoi…était-ce mon appareil génital qui leur parut monstrueux – je venais de tomber le caleçon – ou autre chose, tous sans exception, se mirent à pouffer de rire à s’en étouffer, ce qui me fit tellement honte que je repartis comme j’étais venu, mais tout nu !

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