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La mortalité astronomique due à des collisions entre insectes et véhicules en France est estimée à 60 billions d’individus par an, soit 60 suivi de douze zéros de cas. Le phénomène, nos pare-brise pourtant largement constellés de petits cadavres, est très peu considéré voire complètement négligé alors que la mortalité conséquente, estimée à 70% de la population, augure d’un avenir très sombre. Ainsi, si tout un chacun a connaissance de la carence de médecins généralistes en zone rurale ou de l’abandon massif des soins au bétail au profit des petits toutous ou des NAC (Nouveaux Animaux de Compagnie) par les candidats vétérinaires, il n’en reste pas moins quelques exceptions tout à fait remarquables. L’une d’entre elles et non des moindres est la Docteure Véronique Sefinks à Sansais dans les Deux-Sèvres. Cette très charmante jeune femme célibataire de trente-cinq ans se livre corps et âme au sauvetage de petits animaux plutôt inattendus. Après un long cursus de sept années d’étude pour décrocher le diplôme de docteur vétérinaire, trois années de formation supplémentaires l’ont conduite à la qualification peu courante de lépidorthopédiste.

En plein Marais poitevin, la commune de Sansais compte, parmi ses crêperies et ses magasins de souvenirs, une charmante et discrète maison qui respire un calme et une quiétude contrastant avec l’hyperactivité de sa jeune propriétaire. Dès la porte d’entrée franchie, nous butons sur un amoncellement de petites caisses et autres disparates emballages chacun peuplé d’un papillon et marqué d’une étiquette verte, jaune ou rouge. Au sein de ce fatras virevolte le docteur Sefinks à l’image de ses petits protégés.

- “C’est de la médecine de guerre ! ”, nous lâche t-elle, armée d’un grand sourire, en guise de bonjour.

Elle poursuit, sans interrompre son ouvrage un seul instant, en nous expliquant que ce sont des dizaines de ces boîtes avec chacune un ou deux papillons qui lui sont adressées chaque jour. Comme elle ne peut faire face au volume de petits blessés, elle est contrainte de faire un tri à l’admission en estimant d’un coup d’œil expert qui pourra bénéficier de ses soins et qui dont le cas est désespéré.

- “Vert, j’opère. ” Laisse t-elle échapper comme une sanction en parcourant, sans interruption, les boîtes entassées devant elle.

Le problème, continue de nous expliquer la jeune femme, est la caractéristique éphémère des papillons aggravée par la masse de cas auxquels elle doit faire face seule. Elle se trouve ainsi contrainte de se focaliser sur les cas qu’elle peut résoudre efficacement et rapidement. Nous sommes surpris de constater que les insectes semblant les plus gravement mutilés sont aussi ceux les plus marqués de vert. La jeune lépidorthopédiste nous expliquera par après qu’elle effectue quotidiennement un tri à l’admission jusque 11 h avant de s’atteler aux soins proprement dits de 12h jusque 22 ou 23h selon les jours et que l’avènement de l’imprimante 3D à considérablement fait évoluer la pratique de son métier. Lorsqu’elle s’est installée à l’aube du nouveau siècle, la lépidorthopédie se cantonnait le plus souvent à la réduction de fractures voire au rafistolage d’aile ou à la chirurgie des tendons trop distendus. La technologie lui permet, désormais, de construire en grand nombre et à faible coût des prothèses pour remplacer les membres des lépidoptères blessés. C’est ainsi que la chirurgie implantatoire à largement pris le dessus dans les soins prodigués. Elle permet de relâcher très rapidement les papillons en milieu naturel où ils pourront accomplir leurs devoirs de politisation et de reproduction nécessaires à la survie de leur espèce, de la nôtre aussi. Les tarses, tibias, fémurs, trochanters et autres fémurs occupent donc la jeune vétérinaire tout au long de ses très longues prestations sans la moindre plainte. Enfin, presque. Tout au long de cette journée passée en sa compagnie, la docteure Véronique Sefinks lépidorthopédiste a regretté, à de nombreuses reprises, de ne pas trouver de jeune vétérinaire souhaitant se former auprès d'elle dans la spécialité. Si le coeur vous en dit.

Tag(s) : #Textes des auteurs
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