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L'homme au chapeau noir bordé d'un large ruban rouge s'est retourné dans ma direction l'instant d'un éclair, juste après avoir fermé d'un coup sec la portière de son cabriolet rouge. Il paraissait aimer l'harmonie symétrique des couleurs. Sa voiture, un Quatre-chevaux Hybride dernier cri, bon chic bon genre, était d'une propreté impeccable. L'on ne pouvait l'attaquer sur ce point. Elle faisait son orgueil, car elle pouvait se défendre sans peur d'aucun jugement négatif et ce devant le plus haut tribunal d'esthétisme automobile, de sa parfaite configuration afin d'être en effet la plus soignée de sa catégorie, la plus racée d'entre les racées et d'un rarissime clinquant dans ses grandioses éclats métalliques uniques.

Lui, haut de taille, les épaules larges, tiré à quatre épingle dans son costume noir ajusté portait un sourire presque narquois. Elle, majestueuse, dans une robe seyante d'un rouge sang aux nombreux froufrous noirs paraissait flotter au-dessus du pavé de pierres inégales. Elle fit quelques pas que l'on aurait dit calculé, vers la porte cochère qui l'amènerait dans le jardin où l'attendait depuis un long moment un peintre, jeune artiste encore méconnu... et pourtant de grand talent, puis se retourna elle aussi vers moi.

Là, sous le mimosa géant toujours en fleurs en cette saison avancée, cette jeune femme aux flamboyants cheveux roux posera nue, un mouchoir à la main gauche cachant en partie son sein généreux au sombre mamelon proéminant.

Planquée de deux cages dorés contenant des tourterelles jacasseuses, elle paraissait sommeiller dans l'attente d'un rêve éveillé, couchée sur un lit de style romain.

L'homme au chapeau se mit à l'aise. Il m'aida à sortir le matériel. Et, semblant se lasser de son aide, il se dirigea d'un pas assuré vers la tonnelle fleurie. Une table basse en bronze peinte d'un blanc nacré l'y attendait oisivement d'un air banal accompagnée d'une chaise en rotin assortie. Une poule picorait sans gêne dans un enclos délimité. Ils se trouvaient dans la cour d'une maison abandonnée. L'air y était frais. Un immense chêne s'égayait en riche feuillage, malgré des ramures maintenant presque centenaires. Le soleil bientôt à son zénith fit du bien. Il prit une gorgée d'un rouge sans grand nom... Pourlécha ses lèvres généreuses et sourit d'un désir inassouvi... Moi, j'observais la scène avec ma caméra cachée. Et j'imaginais les autres poses à venir, me délectant hypocritement des cris passionnés encore retenus...

Tag(s) : #Textes des auteurs
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