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Chapitre 1.

C’était une belle journée de printemps, le soleil rasant projetait au sol des langues de lumière entrecoupées par l’ombre démesurée d’un mimosa tout de jaune vêtu. Un chêne, non loin de là, hors la petite parcelle de jardin couvrait de son ombrage le toit de la maison voisine, lui ajoutant un voile de tristesse comme si elle avait eu encore besoin. Elle était abandonnée depuis bien des années et si Clémence l’avait connue avec des occupants, ce temps-là était trop loin pour qu’elle puisse s’en souvenir. Quelques années plus tard, la jeune fille qui devait avoir dix ou onze ans, avait voulu y pénétrer, mais ses parents très vigilants l’en avaient empêchés, insistant sur le fait que le propriétaire pourrait revenir à tout moment. Du temps où elle était toute jeune, l’intimidation était jouable, plus aujourd’hui…elle était devenue une belle jeune fille âgée de dix-huit ans. Mais bien qu’affublée de cette majorité toute neuve et maintenant qu’elle pouvait se permettre de le faire sans demander l’autorisation, elle n’y avait plus songé, jusqu’à un jour de la semaine dernière…

Depuis une bonne heure, Clémence était là, allongée nue sous le mimosa. Elle avait pris soin de choisir un endroit planqué de la vue de gens susceptibles de passer sur la route. La pudeur n’était pas son problème, mais elle ne voulait pas avoir d’éventuels reproches de ses parents. C’est à ce moment qu’elle crut entendre au loin le bruit d’un moteur automobile. Le temps que Clémence relève la tête, comme pour en avoir une meilleure perception, la voiture était déjà dans les parages. Elle l’entraperçut au travers de la haie lui servant de clôture. La quatre-chevaux venait dans un insupportable grincement de stopper net dans la cour de la maison juste en face. Le bruit inhabituel dans le coin eut pour première conséquence de faire rentrer précipitamment une poule plus aventureuse que les autres et qui courait à grandes enjambées vers son poulailler, affublée de ce qui paraissait être un mouchoir en papier sûrement pris avec ses ergots dans le fossé bordant la route.

Clémence voyant cet automobiliste arriver dans le voisinage, se nimba de la serviette de bain sur laquelle elle était couchée quelques minutes avant et rentra rapidement chez elle. Elle avait du même coup, retrouvé son âme d’enfant remplie de curiosité.

Inquiète

Chapitre 2.

Clémence s’était réfugiée en toute hâte dans sa chambre pour mieux observer le visiteur. Ses parents lui avaient aménagé cette chambre sous les toits, afin qu’elle soit un peu plus indépendante. Deux escaliers dont, un en extérieur y donnaient accès. Elle avait voulu prendre celui-là, mais deux poules avaient élu domicile sur les premières marches et Clémence ne voulant pas attirer l’attention de l’homme par les bruits des volatiles en fuite, était rentrée chez elle par la porte principale. Elle pouvait ainsi, mieux observer les agissements de ce visiteur imprévu et inconnu. Elle le voyait d’assez loin tout de même, mais le visage de l’homme, une fois qu’il se fut extirpé de sa quatre-chevaux, lui parut pour le moins patibulaire ! L’homme était, par ailleurs, vêtu de manière assez ordinaire et décontracté, jeans et blouson sombre sans qu’elle ait pu en déterminer la couleur exacte. Seules, dénotaient dans tout ça ses chaussures de sport vert fluo. Il prit lentement le sentier menant à la maison abandonnée, ce qui eut pour conséquence d’effrayer une poule faisane qui s’envola bruyamment. Ensuite, le calme revenu, il s’arrêta comme s’il avait vu quelque chose de bizarre. À ce moment-là, l’homme sortit son mouchoir pour tenter de stopper une série d’éternuements, puis il avança de nouveau en direction de l’habitation, piétinant au passage de si hautes herbes qu’il fut obligé de s’aider de ses bras, pour se frayer un chemin. Clémence se demandait bien ce que cet individu était venu faire ici ? Était-ce un futur acquéreur ? Si cela avait été le cas, probablement serait-il venu avec un notaire ou un agent immobilier, se dit-elle…Non, il était seul et semblait pour le moment juste curieux, observant attentivement le bâtiment sous toutes les coutures. Clémence, qui l’avait perdue de vue durant plusieurs minutes, le vit réapparaître entre la maison et le grand chêne. Il se débattait alors dans de vastes gestes, pour éloigner certainement des insectes agressifs, du moins c’est ce qu’elle avait pensé. Elle fut soudain prise d’une terrible angoisse… s’il lui prenait de venir frapper à sa porte ! Comment s’en tirerait-elle ?

La question sans réponse pour le moment était toujours latente, alors qu’il se dirigeait vers sa voiture. L’automobile paraissait assez vétuste, mais elle démarra quand même du premier coup et s’éloigna rapidement…

Clémence en fut soulagée et sans même réfléchir plus, s’habilla en toute hâte et alla elle aussi visiter les lieux dans les traces laissées dans les hautes herbes par l’inconnu. C’est en passant derrière qu’au travers des carreaux poussiéreux, elle crut apercevoir sur le sol d’une des pièces, un homme à terre sur le plancher. La pièce semblait vide de meuble, seule des bougies rouges entouraient aux quatre coins le cadavre, comme dans une cérémonie mortuaire…

Désespérée

Chapitre 3.

Les parents de Clémence étaient exceptionnellement partis en voyage pour les fêtes de fin d’année, laissant leur fille seule dans la maison. C’était bien la première fois que cela arrivait et Clémence, à cette annonce quelques mois plus tôt, en avait été très heureuse à contrario de ses parents qui le moment du départ arrivant culpabilisaient de plus en plus de la laisser seule pour Noël. Ce n’était pas pour effrayer la jeune fille qui de toute façon pouvait, elle le savait bien, appeler à la rescousse plusieurs copains et copines qui à l’occasion se feraient une joie de venir fêter Noël avec elle. C’est d’ailleurs ce qu’elle avait concocté en invitant Mickaël, José, Marie et Laure. Les jeunes, qui étaient venus de façon désordonnée avaient garé deux voitures devant chez Clémence et les deux autres, ne pouvant y tenir, le jardin étant grand comme un mouchoir de poche, dans la friche de la maison abandonnée de l’autre côté de la route. Les cinq jeunes étaient donc à pied d’œuvre en tout début de cette soirée de Noël. Dans les heures précédentes, les victuailles avaient été achetées et Clémence avait aussi plongé dans les réserves du congélateur familial et dans la cave plutôt bien fournie... à défaut de dinde qui aurait fait trop pour eux cinq, ils avaient prévu de tuer une poule, ce qui fut pendant quelques minutes, un sacré folklore. Attraper la poule avait été une partie de rigolade pour ceux qui n’avaient pas bougé laissant le copain faire le boulot, mais ensuite tordre le coup au pauvre volatile en avait été une autre… aucun d’eux n’étant accoutumé à cette tâche.

La soirée s’était bien déroulée. Le repas concocté par Clémence fut apprécié de tous pour autant qu’ils aient été assez lucides pour pouvoir en juger…l’alcool avait coulé à flots et certains des convives étaient dans un état d’ébriété assez avancé. Minuit approchait, et dans un éclair de lucidité l’un des invités : José eut l’envie irrépressible d’assister à la messe de minuit ! Là, les choses commencèrent à se gâter…aller faire une balade en voiture dans un état pareil relevait de la plus grande imprudence. Mais aucun des amis réunis n’eut la lucidité de réagir en s’y opposant. Ils prirent une des deux voitures garées en extérieur. José qui avait été le protagoniste pris le volant de la sienne et tout le monde s’y engouffra à la suite. Il était tellement peu maître de son véhicule qu’il se trompa dans ses vitesses et alla en marche avant alors qu’il aurait dû manœuvrer en faisant marche arrière et alla ainsi percuter le chêne. La voiture commença à fumer et s’arrêta de fonctionner. Le découragement aurait dû faire prendre conscience du danger, mais aucun des garçons ne désarma et c’est Mickaël qui s’y colla avec sa propre voiture. Le démarrage fut moins scabreux, mais assez rapide. Deux kilomètres séparait le hameau du centre bourg. C’était l’affaire d’une ou deux minutes. Lorsque la voiture arriva à l’orée du bourg, Clémence qui avait cru apercevoir dans une rue adjacente la quatre-chevaux stationnée, poussa un cri qui perturba le conducteur lui faisant perdre le contrôle du véhicule et provoqua un carambolage avec deux voitures en stationnement. La situation était maintenant complètement désespérée. Les cinq jeunes n’étaient plus en état de réagir convenablement et profitèrent qu’aucun des propriétaires ne soient sortis constater les dégâts pour aller se remettre de leurs émotions au café en face de l’église, le seul établissement encore ouvert. José qui avait lancé l’idée d’assister à la messe de minuit, n’y pensait même plus.

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