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Il doit être 17 h et des poussières. C'est l'hiver.

Le jour s'efface doucement pour laisser place à la nuit. Une de plus.

Je suis allongé sur le plancher, seul dans cette chambre sous les toits.

Je regarde le ciel par le velux. J'observe les nuages qui se déplacent sans entrave. Parfois, un avion traverse en diagonal la fenêtre carrée en laissant derrière lui une traînée blanche qui s'efface au bout d'un long moment.

Dans moins d'une heure, j'allumerai la bougie posée à côté de moi. Je ne veux pas me retrouver dans le noir total.

La pièce où je me trouve est vide.

Mon ami d'enfance m'a trouvé en urgence cet endroit en attendant une autre planque. Il est agent immobilier.

Je n'ai rien autour de moi pour m'aider à passer le temps. Cette chambre ne comporte pas la moindre chaise, encore moins un lit. J'aperçois juste un petit coin cuisine équipé d'un évier avec un placard vide en-dessous. Dans la salle de bain, le rideau de douche a été retiré. Seuls les anneaux sont restés sur la barre. Je suppose qu'il n'y a pas l'eau chaude. Heureusement, les WC ont l'air de fonctionner.

Je n'ai rien d'autre à faire que de rester là, allongé par terre.

Malgré tout, j'apprécie le calme.

Je n'entends plus les cris, ni le bruit des verrous qu'on ouvre et qu'on ferme en permanence.

Quand je ferme les yeux, tous ces bruits résonnent dans ma tête.

Je me suis évadé il y a seulement 3 jours.

Après m'être caché dans une maison abandonnée, j'ai dû quitter précipitamment les lieux. Ils m'avaient retrouvé.

Pourtant, j'aimais bien cette maison. Derrière s'étendait un grand jardin qui devait être magnifique dans ses meilleurs jours. Des herbes sauvages avaient commencé à l'envahir un peu partout. Un chêne splendide trônait au milieu, fier et imperturbable.

J'ai d'abord entendu le moteur d'une Quatre-Chevaux, sûrement celle du maire de la commune puis, j'ai vu derrière elle, la camionnette bleu marine des gendarmes.

J'ai juste eu le temps de sauter par la fenêtre. J'ai couru comme un dératé, remerciant les hautes herbes de m'aider dans ma fuite. J'ai couru aussi longtemps que j'ai pu. J'ai couru à en perdre haleine. Je suis arrivé complètement essoufflé dans un petit café. Je n'avais qu'un vieux mouchoir dans ma poche pour essuyer la sueur qui me coulait dans les yeux. Un type sympa m'a payé un demi. Je lui ai dit que je m'entraînais pour un marathon. Il a semblé me croire, heureux d'avoir un peu de compagnie. Avec son téléphone, j'ai appelé Xavier. Il est venu me chercher et ensuite, je me suis retrouvé ici.

Pendant 26 mois et 5 jours, j'étais incarcéré à la Maison d'Arrêt d'Amiens. Cette prison est située avenue de la Défense Passive. À croire qu'ils l'ont fait exprès pour qu'on ait tous la certitude de ne pas être défendus activement. Mon numéro d'écrou est le 4073B. Je suis en attente de jugement, en préventive comme ils disent. Je devais, après le jugement, être transféré dans une centrale prévue pour les longues peines. Ils ne se donneront pas cette peine. De toute façon, je suis innocent. Même si tous les détenus le crient à longueur de journée, moi, je le suis vraiment. Ils n'ont jamais voulu me croire, même pas mon avocat. Cet abruti veut que je plaide la légitime défense. Si au moins j'avais buté Samuel, mais ce n'est pas moi. Le témoignage de sa poule a joué contre moi. C'est une sale menteuse.

Il est bientôt 18 h. Il fait de plus en plus sombre.

Combien de temps vais-je pouvoir rester ici ?

Mon pote passera demain. Il m'aidera à quitter le pays.

J'allume la bougie. Demain, il fera jour.

J'espère avoir une chance de m'en sortir.

Une chose est sûre, plus jamais je retournerai en taule.

Plutôt crever !

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