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" J’ai erré longuement dans la ville, sans prêter attention aux rues que j’empruntais, aux gens que je croisais, aux bruits, aux couleurs, il fallait encaisser, absorber, jamais de toute ma vie je en m’étais sentie plus isolée ni plus insignifiante. "

Je marchais seule sans but précis, tel un être apeuré, égaré. Je fuyais les regards que j'imaginais humiliants, des passants trop pressés pour me tendre la main. Je ne savais que faire afin de cesser de glousser. Pris d'un fou rire incontrôlable, je ne pouvais m'empêcher de m'esclaffer pour tout, même pour un rien. Et surtout pour...

Le visage blanchi par tant et tant d'efforts incessants, qui malheureusement n'avaient rien donné, car j'essayais depuis près d'un quart d'heure de prendre sur moi et de revenir à la normalité. L'on ne rit pas pour rien. Surtout en publique.

Mais il faut dire que je revoyais toujours ce drôle de soutien-gorge à grosses fleurs délavées, certainement jadis attrayantes, que tenait d'une main rigide, figée dans le temps, suspendue dans le vide, ce mannequin masculin qui jouait du violoncelle de l'autre, tandis qu'il semblait dormir sur ce canapé-lit aux ressorts couinant de plaisirs, que j'imaginais sans aucun doute mal huilé, couché sur le planché poussiéreux de cette affreuse vitrine sale de l'horrible commerce de vieux vêtements recyclés au coin de la rue.

Ces images drolatiques filaient en boucle bien malgré moi dans ma tête. Elles passaient et repassaient à un rythme vertigineux, sans que je n'y puisse absolument rien. L'on aurait dit que j'avais délibérément installé une véritable routine, court-circuitant ainsi mon bon jugement face à la bonne manière de se comporter devant mes semblables.

Tag(s) : #Textes des auteurs
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