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J’ai erré longuement dans la ville, sans prêter attention aux rues que j’empruntais, aux gens que je croisais, aux bruits, aux couleurs, il fallait encaisser, absorber, jamais de toute ma vie je m’étais sentie plus isolée ni plus insignifiante.

Je venais de quitter le commissariat où j’avais dû pendant plus d’une heure, suite à l’appel que j’avais lancé et aux constatations que la police avait réalisé sur les lieux, faire ma déposition.

Il y a quelques minutes, alors que je parcourais les derniers mètres pour rentrer chez moi, je pensais à une seule chose : me coucher tant j’étais rompu de fatigue, mais maintenant que je suis arrivé, je n’ai absolument plus envie de dormir. Je suis là, assise dans mon fauteuil à me remémorer cette fin de nuit agitée et troublante…

J’étais de garde cette nuit-là et elle avait été longue. La routine n’avait pas eu le temps de s’installer, que j’étais sans cesse appelée sur mon secteur pour des petits maux bénins. J’avais eu le sentiment de courir dans tous les sens pour n’arriver à rien. Le filtre pourtant bien huilé des services de secours n’était pas aussi efficace qu’on pouvait le croire. Il y avait de temps en temps quelques individus suffisamment rusés pour se faire passer pour plus malade qu’ils ne l’étaient en réalité. Lorsque la sonnerie de mon portable se fit entendre une nouvelle fois, j’en étais à peine surprise. Le central me demandait de faire demi-tour, les indications données semblaient alarmantes. L’appel provenait d’un appartement au dernier étage de l’immeuble que je venais justement de quitter. Il me paraissait important de faire vite, car si les appels précédents auraient pu être évités, celui-là était grave. L’expérience avait prouvé qu’il était rare qu’une nuit d’astreinte se passe sans un seul cas grave, alors, je me précipitai en courant toute survoltée à l’idée d’aller surement sauver une vie.

Essoufflée par les quatre étages que je venais de monter à la hâte, j’eus quelques difficultés à retrouver mes esprits, si bien que je n’avais pas tout de suite perçu que la porte de l’appartement était entr’ouverte. J’essayai de voir par l’entrebâillement et n’aperçus qu’une lumière vacillante et colorée laissant penser qu’il s’agissait d’un téléviseur diffusant ses images. La première pièce, quant à elle, n’était pas éclairée, ce qui m’intrigua un peu… Je frappai une nouvelle fois à la porte, mais là, ce fus avec le poing. Toujours rien…

La sueur devait commencer à me perler au front et mon cœur battait à tout rompre au point de pouvoir compter mes pulsations. Mon trouble était à son comble, lorsque je me décidai à pénétrer dans l’appartement.

J’arrivai à l’entrée de la seconde pièce qui devait servir de chambre. En son centre se trouvait un canapé-lit vieillot qui avait dû être un temps gris clair, mais aujourd’hui blanchi par l’usure. La deuxième chose qui me sauta aux yeux fut un violoncelle. Il était appuyé sur le mur du fond. Je venais de m’avancer et en lorgnant vers ma gauche… je vis le téléviseur allumé. Seul le son était absent, un sigle sur l’écran l’indiquait. Personne n’était là pour la regarder. Le programme qui était en cours semblait être une vidéo pornographique sado-maso et mon regard fut attiré par la scène en cours… plusieurs jeunes femmes étaient durement molestées. Je gloussai d’effroi en voyant les images, si bien qu’au bout de quelques secondes, détournant délibérément le regard j’apercevais sur le dossier d’une chaise un soutien-gorge et une culotte. Cela me glaça d’effroi et me fit me retourner vivement craignant que l’occupant des lieux ne vienne m’agresser…mais il n’y avait personne… Où m’avait-on envoyée et dans quelle intention pour que je me retrouve dans ce merdier. Accablée par cette situation humiliante, j’étais au désespoir. Moi, qui étais venue là avec l’intention de sauver une vie… Il existait donc un abîme si vertigineux entre les individus, pour se retrouver ainsi dans des situations aussi bizarres ?

Les premières minutes d’effroi passées, j’essayai de me ressaisir et allai regarder dans la pièce à côté, lorsque je faillis une nouvelle fois défaillir…une scène digne de films d’horreur se trouvait là…sur la table, une femme nue gisait, elle avait été égorgée, les bras pendants le long de la table et au sol, une importante flaque de sang virait au noir.

Je tremblais de peur à l’idée de croiser celui qui avait commis cette horreur. J’étais paralysée sur place, avec l’impression de ne plus pouvoir bouger. Je savais pourtant qu’il me fallait fuir ce lieu au plus vite. Au moment où j’allais me retourner pour partir, je crus percevoir un bruit dans une autre pièce que je n’avais pas visité…à nouveau figée, un frisson me traversa l’échine de haut en bas. J’attendis à l’écoute du moindre bruissement… rien. Ce qui dut me donner un sursaut de courage pour quitter les lieux de partir et passant la porte d’entrée me retrouver sur le palier où je ne m’attardai pas. Tout en descendant l’escalier je fis le numéro de la police, qui enregistra mon appel et me demanda d’attendre au pied de l’immeuble leur venue…ma nuit n’était pas terminée…

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