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J’ai erré longuement dans la ville, sans prêter attention aux rues que j’empruntais, aux gens que je croisais, aux bruits, aux couleurs. Il fallait encaisser, absorber, jamais de toute ma vie je ne m’étais sentie plus isolée ni plus insignifiante.

A quelques rues de chez moi, il y a de cela plusieurs heures, voilà que je l’avais aperçu. J’avais hésité bien sûr, je m’étais dit que c’était impossible, plaidant une fâcheuse confusion… pourtant, c’était bien lui, accompagné d’un violoncelle emprisonné dans ce vieil étui qui m’était si familier. Le cuir déjà patiné avait été fraichement huilé. Par qui ? J’étais la seule auparavant à me charger de cette tâche, accompagnée des notes qui, remerciement discret, accompagnaient mon labeur.

La violente impossibilité de nier cette évidence me fit chanceler au bord d’un vertigineux abîme. Il m’avait donc bien rayée de sa vie, pour ne pas même songer à me prévenir alors qu’il se rendait dans mon quartier. Mon errance commença. Habitée d’arpèges et de mélodies, d’images et de souvenirs, je marchais dans la ville, solitude peuplée. Je suffoquais de tristesse et d’abandon. Mon soutien-gorge, impitoyable étau d’un corps vieilli et vagabond, m’empêchait de respirer. Je bousculai sans une excuse un groupe de lycéens en train de glousser, suffoquée par l’afflux de douloureux souvenirs. Mon air hagard, aimantant les regards interloqués des passants, et que j’aurais trouvé des plus humiliants en temps normal, m’était indifférent.

Lorsque je sentis que mes jambes ne me porteraient plus très longtemps, je rentrai chez moi, et allai me recroqueviller sur ce canapé-lit qui était le sien, contemplant les murs blanchis à la chaux, scrutant cette pièce dont j’avais délibérément conservé la décoration. Je n’y étais pas entrée depuis des mois, et ce soir-là, je renouai avec les effluves d’une routine passée, teintée d’une douloureuse mélancolie. Ces larmes que je refoulais de plus en plus difficilement soulignaient cette évidence : il ne voulait plus voir sa vieille mère, ce fils parti sans plus donner de nouvelles au lendemain d’une énième dispute sur son avenir. J’ignorais simplement qu’il était venu sonner alors que je me perdais à travers la ville.

Tag(s) : #Textes des auteurs
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