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Enfant, j'étais solitaire.

Je lisais beaucoup. J'aimais jouer dehors. Je grimpais aux arbres. Je m'inventais des tas d'histoires.

À 11 ans, au collège, j'ai fait la connaissance de Véronique. Nous avions, à quelques jours près, le même âge. J'avais les cheveux châtain et Véro était blonde. Elle avait les yeux verts, les miens, marron.

Elle habitait un autre petit village pas loin du mien.

Nous empruntions le même car scolaire. Que ce soit en classe ou dans le car, nous nous asseyions toujours l'une à côté de l'autre.

En très peu de temps, nous étions devenues inséparables.

À peine rentrées de l'école, nous nous précipitions sur le téléphone pour encore nous parler.

Si des voyages nous éloignaient l'une de l'autre, nous nous écrivions de longues lettres sans oublier de partager le moindre détail de nos vies trépidantes d'adolescente.

C'était ma confidente. C'était plus qu'une sœur. Elle était ma meilleure amie. Nous étions unies pour la vie.

Parfois, j'allais dormir chez elle. De temps en temps, à son tour, elle partageait mon lit.

Dans nos villages, nous marchions pendant des heures. Nous nous arrêtions sous un abri de bus ou aux abords d'un terrain de foot. Nous parlions beaucoup.

Un jour, en nous promenant, mes yeux furent attirés par un objet brillant au pied d'un talus. Je le ramassais. C'était une boîte en fer à peine rouillée. Sur son couvercle étaient dessinés deux petits anges se tenant par la main.

Cette jolie petite boîte avait également une serrure. Elle était fermée à clé. Je ne voulais pas la forcer. Je la secouais. Elle paraissait vide.

« Montre ! » me dit Véronique.

Je lui tendis l'objet.

« La clé ne doit pas être loin » dit-elle en inspectant le terrain.

J'aimais son optimisme.

Je me baissai et fouillai les cailloux.

Soudain, Véro brandit une petite clé en poussant un cri de joie.

La clé entra facilement dans la serrure. Véro la tourna délicatement et le couvercle s'ouvrit.

Effectivement, la boîte était vide. J'aurais pourtant aimé y découvrir un mystérieux message nous invitant à vivre une aventure fabuleuse remplie de dangers. Nous en serions sorties vainqueurs et fières de nous.

« Tu lis trop d'histoires !» s'esclaffa ma copine.

J'avais trouvé la boîte et Véro la clé. Comme nous deux, l'une n'allait pas sans l'autre.

N'habitant pas la même maison, nous décidâmes alors de nous la partager. Un mois sur deux je pourrai la garder.

J'étais la première.

En rentrant chez moi, munie d'un chiffon, j'entrepris de l'astiquer avec un produit pour faire briller le métal. Elle devint magnifique. J'étais très fière de moi. J'en fis autant avec la clé.

Posée bien en évidence sur ma table de chevet, je l'admirais avant de m'endormir et la contemplais tous les matins en me réveillant.

Le premier jour du mois suivant, je la confiais à Véronique.

Quand vint son tour de me la rendre, je fus surprise de constater qu'il y avait quelque chose à l'intérieur. Le sourire de mon amie lui arrivait jusqu'aux oreilles.

Sans me prévenir, elle avait mis un objet bien enveloppé dans un carton et enfermé dans une enveloppe scellée. J'avais pour mission de faire la même chose. Ensuite, nous irons à l'endroit où nous avons trouvé la boîte pour l'enfouir profondément dans la terre. Et dans 20 ans, nous reviendrons la récupérer.

C'était bien la peine que je l'astique !

Un mois ne fut pas de trop pour me décider sur l'objet.

Dès que j'en choisissais un, je le retirais peu de temps après en me disant qu'il n'était pas assez bien. Je l'échangeais contre un autre qui me semblait sur le moment dix fois mieux pour ensuite le ressortir. J'y déposais donc : un porte-clé Calimero, puis un stylo quatre couleurs, puis une pièce de 1 franc, puis un petit caillou rond, puis une gomme parfumée, puis une toute petite poupée, puis une fleur séchée, puis une vieille toupie, puis une mèche de cheveux et même une dent de lait. Pourquoi pas des bouts d'ongles pendant que j'y étais ? Rien ne convenait.

À 11 ans, presque 12, je ne possédais pas grand chose d'extraordinaire ni rien d'une grande valeur. J'aimais les livres, mais lequel choisir ? De toute façon, la boîte était trop petite. J'aimais aussi les animaux. J'adorais mon petit cochon d'Inde Picwic. Mais non ! Bien sûr ! Rien de vivant évidemment. L'idée d'y déposer ma gourmette en or de naissance ou ma médaille de baptême m'a beaucoup effleurée, mais ma mère m'aurait tuée. Qu'est-ce que j'aimerai retrouver dans 20 ans ?

Le fait de ne rien trouver à mettre dans cette boîte me torturait l'esprit. Du moins, jusqu'à un certain matin. Sans savoir pourquoi, l'objet tant recherché s'imposa tout seul à mon esprit. Ce ne pouvait être que lui !

J'y étais très attachée. Je décidais quand même de m'en séparer pour de longues années. À l'époque, 20 ans était une éternité. Véro et moi serions âgées de plus de 30 ans. « Nous serions très vieilles ! » pensai-je réellement impressionnée.

Comme Véronique, je mis l'objet dans une enveloppe après l'avoir bien protégé dans du tissu épais. Je pris soin de verrouiller la jolie et précieuse boîte.

Voilà ! Elle contenait désormais nos deux enveloppes sans que ni l'une ni l'autre ne sache rien de l'autre objet.

Nous avons enterré la boîte le 23 août 1977 en laissant la clé dans la serrure. Nous fîmes ensuite le serment de n'en parler à personne même sous la torture.

Nous avons continué notre vie d'adolescente en faisant les 400 coups au collège. Puis nos premiers petits copains nous ont un peu séparées.

En 1988, j'ai commencé mon premier métier. Mon fils est né en 1991 et ma fille en 1993.

Véro et moi, nous nous téléphonions parfois nous racontant notre vie d'épouse, nos désarrois et nos espoirs. Elle aussi avait des enfants. Nos emplois du temps « archicomplets » ne nous laissaient même pas une heure pour nous voir. Cela ne nous empêchait pas de penser l'une à l'autre et de continuer à nous aimer très fort.

Avec ma petite famille, j'allais parfois rendre visite à mes parents. En arrivant dans le village, je repensais à la boîte qui se trouvait enfouie pas très loin de là.

Ce n'était pas encore le moment.

Puis un matin, Véronique me téléphona. Je n'avais pas entendu sa voix depuis plusieurs années. Pourtant, c'était comme-ci nous nous étions quittées la veille. Nous étions toutes les deux surexcitées.

Le samedi 23 août 1997, nous nous donnâmes rendez-vous à 17 heures précises au bord du fameux talus.

Nous déterrâmes la boîte. Elle était très rouillée mais sa clé tourna facilement dans la serrure. Véronique me tendit son enveloppe. Je lui donnai la mienne.

J'y découvris une jolie chaîne en argent et Véro tenait au creux de sa main mon pendentif bleu représentant le signe de la balance. Notre signe zodiacal. Ce pendentif m'avait été offert par ma mère. Je l'adorais. C'est sûr, Véro devait obligatoirement savoir quel objet je choisirai pour le mettre dans cette boîte. Elle me connaissait si bien ! Elle prit la chaîne et enfila le petit bijou. Puis, sans rien me dire, elle me l'accrocha autour du cou. Je pleurais de joie et d'émotion.

Nous nous fîmes la promesse de nous revoir tous les 23 août pour porter chacune notre tour, cette chaîne et ce pendentif.

Tous les ans, à la même date, nous tînmes promesse. Nous en profitions pour aller au cinéma, aux spectacles, au restaurant ou discuter dans un café. La maturité venue, nous nous accordions plus de temps.

Pendant presque 20 ans, nous avons respecté notre pacte. Notre bijou allant d'un cou à l'autre.

Puis un jour, son mari me téléphona.

Véronique avait succombé à une maladie. Dans seulement 2 ans nous aurions fêté nos 50 ans.

Dans un état second, je me rendis à son enterrement.

Dans mon sac, se trouvait la petite boîte en fer avec ses deux anges se tenant par la main. Je l'avais conservée parmi mes affaires. Elle avait suivi tous mes déménagements.

Je lançais la boîte sur le cercueil de Véronique avant qu'il soit totalement recouvert. Elle fit un bruit sourd en atterrissant à l'envers. Elle fut à nouveau enfouie sans rien à l'intérieur comme lorsque je l'ai trouvée mais chargée toutefois d'un passé fabuleux qui nous concernait toutes les deux.

Je saisis entre mes doigts le petit pendentif accroché à mon cou et l'embrassais très fort pour dire adieu à Véronique.

C'était ma meilleure amie, elle était plus qu'une sœur, nous étions unies pour la vie.

Cette boîte, trouvait un jour par hasard, nous avait finalement unies bien au-delà de nos vies ainsi que cette chaîne et ce pendentif que nous avions enterrés pendant 20 ans.

En écrivant mon testament, j'y ai mis une petite volonté, juste un petit ajout qui représente beaucoup : « Laissez-moi autour du cou le bijou que je porte tous les jours. Je l'aime, c'est tout. »

Lui aussi retournera à la terre mais cette fois avec moi.

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