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C'est le printemps ! Il est là. Je l'ai vu. Il a posé ses valises.

Cet interminable hiver s'est enfin fait la malle. Il a tourné les talons. Il a pris ses cliques et ses claques. Je ne vais pas le regretter !

C'est le moment du grand ménage. Quand les grosses chaleurs m'écraseront, je n'aurai plus le courage.

Je vis au rythme des saisons. Je m'appelle Louison.

Je suis née en automne. Je dors en hiver. Je me réveille au printemps. Je somnole l'été. Je mourrai peut-être en hiver. Ainsi passe pour moi le temps. J'aime la chaleur. Je goûte à toutes les saveurs que la nature m'offre sans retenue. Je vis de tout et de rien. Je prends l'instant comme il vient.

Mais revenons à nos moutons. Je parlais de grand ménage.

Je prévois un vide-grenier. Je veux faire le vide cette année. Je veux dépoussiérer mon passé, éclaircir mes journées.

Depuis quelques semaines, cette idée traîne dans les parages de mon cerveau. Avant qu'elle ne fasse naufrage comme d'autres idées qui souvent me taraudent et disparaissent aussi vite qu'elles sont venues, je passe à l'action.

Tous les vieux objets sont entassés dans le chai, enfermés dans des cartons depuis longtemps à l'abandon. Je les dispose dans l'entrée. Je m'assois par-terre. Je commence l'inventaire.

Tiens ! Une vieille pendule. Je serais bien crédule si je pensais tirer un sou de ce vieux bidule ! Allez ! Sans regret, je m'en sépare. Elle partira à la casse suivie par tous ces vieux journaux, ces tasses ébréchées et ces serviettes de tables toutes jaunies.

Quelle est donc la suite ? Ne perdons pas le fil. Je le suis et arrive immanquablement à une grosse pelote de laine enfouie parmi d'autres de toutes les couleurs. Où sont les aiguilles ? Ah oui ! Elles sont restées sur une écharpe commencée mais pas finie. Puis voilà un vieux plat en métal tout oxydé, une théière en forme d'éléphant sans couvercle. Viennent ensuite un tire-bouchon, un pot à cornichons, des vieux torchons, des CD sans intérêt, un pot à lait, des taies d'oreiller, un petit panier, des jouets tout cassés, des vieilles poupées déshabillées, un vieux portrait encadré, des bijoux sans valeur, une bougie en forme de cœur, une toupie ayant appartenu à ma sœur...

Je retourne dans le chai.

Sous l'établi où traînent les outils, d'autres cartons sont remplis. Le premier ne contient que des cahiers. J'en ouvre un. C'est un herbier. J'y collectais mes trouvailles ramassées au cours de mes promenades. Certaines feuilles d'arbres se décollent et tombent en morceaux sur le sol. J'y retrouve aussi des fleurs séchées. Parmi elles, j'admire surtout un bel iris séché dont les plis ressemblent à des cicatrices. Moi aussi, comme lui, je suis ridée mais pas vidée de toute vitalité. Alors, je continue sur ma lancée et ouvre un deuxième cahier. Celui-ci est jaune. Il n'est pas très épais. Il a la particularité de m'être totalement inconnu. Que fait-il ici ? Intriguée, je tombe sur la première page, je lis les premiers mots. Mon cœur s'arrête. C'est l'écriture de ma mère, disparue depuis bien des années. Je ne pensais pas la retrouver ici. Pensez-donc, après tout ce temps ! Ce cahier n'est même pas de mon époque ! D'après la date, il a été commencé en 1962. Je n'étais pas née. Ce qui veut dire qu'à ce moment-là, ma mère n'était pas ma mère. Elle ne me connaissait pas encore ! Dans ce cahier, c'est une étrangère. Elle était déjà infirmière. Elle avait 22 ans. Elle écrivait à mon père. Troublée, je ne sais pas quoi faire. Ce sont des lettres d'amour qui, si j'y réfléchis, m'ont permis de voir le jour. Je viens de faire la trouvaille de ma vie dans toute cette pagaille réunie. Quelle joie !

Le vide-grenier peut bien attendre. Le ménage se fera plus tard. J'ai tout un cahier à lire et un grand message à colporter à mes sœurs.

Et puis, parmi tous les autres cahiers retrouvés, il y en a un immaculé. Il m'est forcément destiné. Moi aussi, je vais écrire. Mes enfants me retrouveront peut-être au moment où ils s'y attendront le moins, au delà du temps, quand je ne traverserai plus toutes les saisons, quand j'aurai rejoint ma mère pour lui raconter, entre autre, cette fameuse histoire du cahier jaune retrouvé un jour de printemps dans mon chai, à l'intérieur d'un vieux carton, dans le but de faire un vide-grenier qui n'a jamais été réalisé.

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